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La Une de Vert-Contact n°681, du 26 avril au 2 mai 2003

Tchernobyl, c’est aujourd’hui !

Anniversaire : 26 avril 1996 - 26 avril 2003

jeudi 24 avril 2003

Dix-sept ans après l’explosion d’un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl, entraînant le plus grave accident du nucléaire civil, la situation dans les zones contaminées est de plus en plus grave.
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Depuis l’accident nucléaire de Tchernobyl, survenu le 26 avril 1986 en Ukraine, près de six millions de personnes vivent dans des zones contaminées, dont 2,3 millions d’Ukrainiens, près de deux millions de Russes et presque autant de Biélorusses.
En Biélorussie, sur ces deux millions de personnes, 500.000 sont des enfants.
Depuis dix-sept ans, les populations consomment des aliments contenant du Césium 137 (Cs137) - des aliments qui sont désormais vendus dans tout le pays, contaminant des populations qui étaient jusque-là à l’abri .

La loi du silence
Dans beaucoup de villages, il n’y a plus de naissance normale depuis plusieurs années.
La courbe démographique biélorusse est négative, avec un déficit de 50.000 naissances par an (sur 10 millions d’habitants). À Pinsk, au sud-ouest du pays, sur 1.000 enfants, le nombre d’hospitalisations est passé de 250 à 1 200 en cinq ans : des enfants sont hospitalisés plusieurs fois par an. La catégorie des "maladies de l’âge avancé" a disparu. De s enfants ont des attaques cérébrales, des infarctus, des atrophies gastriques dès le primaire. Chez les rongeurs, on note la persistance de l’augmentation des malformations congénitales après 25 générations, soit une fragilisation du génome. Mais l’opinion n’est pas informée. Au contraire, les dirigeants biélorusses répriment sévèrement ceux qui tentent de faire le jour sur les conséquences de l’accident.
En effet, le professeur Youri Bandajevsky a été emprisonné. Ses travaux cliniques, anatomiques et expérimentaux, associés à une radiométrie fine des organes à l’autopsie, ont prouvé la responsabilité du Cs137 incorporé dans les pathologies cardiaques, endocrines et périnatales (cf.Vert Contact n°677 du 29 mars 2003). Ses collaborateurs ont tous été licenciés. Cet exemple tragique a réduit au silence la plupart des praticiens et des chercheurs confrontés localement au drame.
Pour garder leur travail, ils doivent se taire !

La France coupable
Grâce à cette répression, dix-sept ans après l’accident et contre toute évidence, les organismes de radioprotection internationaux et leurs délégués nationaux continuent à asséner le dogme des "32 morts, 200 irradiés graves et 2.000 cancers de la thyroïde", cancers faciles à éviter (à condition d’absorber à temps des pastilles d’iode) et à traiter.
L’histoire de cette désinformation criminelle digne d’un roman noir reste à écrire (1). Vu le rôle très important que jouent les Français sur le plan international, la responsabilité de notre pays, qui veut défendre son industrie nucléaire, est écrasante.
Depuis 1986, les courroies de retransmission du "dogme" occupent des positions clefs en France. Nos délégués à l’UNSCEAR (United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation) ont largement diffusé les conclusions du Rapport 2001 de cet organisme, à savoir le "dogme", repris depuis par les instances nationales. En 2003, le professeur Lacronique est à la tête de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) et le rapport sur Tchernobyl de l’Académie de médecine, dont il est membre, répète toujours la version officielle. Le professeur André Aurengo, qui confiait au Parisien, au sujet de l’augmentation des malformations congénitales, qu’elles pourraient être dues à la « consanguinité », et en 2002, qu’il s’agissait d’« une imposture médiatique », dirige la commission chargée... de faire la lumière sur Tchernobyl en France !
L’urgence absolue est de faire libérer Bandajevsky et de rétablir le droit à la recherche indépendante (2). Cela implique de libérer, à tous les niveaux, OMS, directions générales de la santé (DGS) nationales, les médecins du contrôle des tenants du "d o g m e". L’Assemblée mondiale de la santé, à laquelle le professeur Mattéi assistera pour la première fois le mois prochain à Genève, devrait définitivement libérer l’OMS de la tutelle de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), dont le premier objectif est de « favoriser et promouvoir l’énergie nucléaire pour la paix, la santé et le bien - être du monde entier ( 3 ) ».
Seule une opinion et des autorités politiques informées pourront prendre la décision qui s’impose : sortir du nucléaire.

Solange Fernex


( 1 ).- Mensonges nucléaire s, 2002, document TSI, Réseau sortir du nucléaire, 9 rue Dumenge, 69004 Lyon .
( 2 ).- Pour en savoir plus et agir : Comité Bandajevsky, 1 chemin Guilbaud, 38100 Grenoble.
Site Internet www.comite-bandajevsky.org.
Ou encore Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité (Crii-rad), tél. 04 75 41 82 50, site In t e rnet www.criirad.com.
De nombreuses autres associations sont engagées pour défendre Youri Bandajevsky, dont Amnesty International, qui le considère comme un prisonnier d’opinion.
( 3 ).- Amendement de l’accord AIEA/OMS, (Rés.WHA 12-40).


Tchernobyl conséquences sur l’environnement la santé et les droits de la personne, Tribunal Permanent des Peuples - Commission Médicale Internationale de Tchernobyl, ECODIF, 1997, 238 p., 10,98 €

Mail : ecodif@les-verts.org

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