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Financement de la sécurité sociale pour 2011 - CMP

Anny Poursinoff

jeudi 25 novembre 2010

Première séance du mercredi 24 novembre 2010 - extrait du compte-rendu officiel
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M. le président. La parole est à Mme Anny Poursinoff.

Mme Anny Poursinoff. Monsieur le président, madame la secrétaire d’État, mes chers collègues, le budget de la sécurité sociale, qui a fait l’objet de nombreuses propositions de notre part, sans qu’aucune, en dehors des maisons de naissance, ait hélas été reprise, nous est de nouveau soumis, presque inchangé par la commission mixte paritaire. Je voudrais dire pourquoi nous ne pouvons pas partager les choix qui ont présidé à son élaboration.

Nous devrions pourtant être toutes et tous d’accord sur ce constat que l’on ne choisit pas d’être malade. On ne choisit pas non plus de vieillir en mauvaise santé ; on ne choisit pas de naître dans une famille pauvre ; on ne choisit pas de vivre avec le minimum vieillesse ou avec le RSA ; on ne choisit pas d’avoir un accident du travail, pas plus qu’on ne choisit d’être victime d’une maladie professionnelle.

Or, qu’avons-nous entendu tout au long des débats ? Que notre pays était « généreux », le plus « généreux » de l’Union européenne ! Il nous a même semblé que, sur les bancs de la droite, certains regrettaient cette « générosité », que le Gouvernement grignote d’ailleurs chaque année un peu plus, avec les franchises médicales ou le déremboursement des médicaments : la sécurité sociale ne couvre plus que 50 % des soins courants, ces soins qui évitent que la maladie s’aggrave.

Vous avez également diminué le personnel dans les hôpitaux et fermé des centres d’IVG, des hôpitaux de proximité et de petites maternités, parce que, dites-vous, il faut faire des économies. Pourquoi pas ? Mais de quelles économies parlez-vous ? De celles qui consistent à pénaliser les plus démunis en mettant fin à la rétroactivité de l’aide personnalisée au logement, en décalant le versement de la prestation d’accueil du jeune enfant - ce dont nous vous avons empêché -, en retirant l’accès aux soins aux personnes sans papiers ? Nous n’avons vraiment pas la même vision de la sécurité sociale !

La générosité : vous n’avez pas choisi ce mot par hasard ; il laisse entendre que l’on pourrait être moins généreux, demander des efforts aux pauvres, aux malades, aux accidentés. Nous, à gauche, nous, les écologistes, nous ne revendiquons pas la générosité, car elle peut être mise en cause. C’est d’ailleurs ce que vous faites pour, dites-vous, ne pas augmenter les charges, assurer la compétitivité, éviter que les fortunes ne s’expatrient et que les entreprises se délocalisent. Pourtant, vous n’avez rien empêché de tout cela : vous n’avez pas empêché la crise ; vous n’avez pas empêché que les jeunes souffrent de trouver ni travail ni logement ; vous n’avez pas empêché que 13 % de nos concitoyens vivent en dessous du seuil de pauvreté et renoncent à se soigner ; vous n’avez pas empêché non plus que certains hôpitaux manquent de personnel pour soigner les malades.

Ce qui fait la force de notre système de protection sociale, c’est qu’il est fondé, non sur la générosité, mais sur la solidarité. Oui, nous défendons la solidarité, celle qui prend en compte tous les aléas de la vie. Nous voulons le partage des richesses, pas son accaparement. Nous ne voulons pas d’inégalités toujours croissantes entre des riches toujours plus riches et des pauvres toujours plus pauvres. Oui, la solidarité oblige à élargir l’assiette des cotisations, à augmenter les contributions des plus riches, à taxer le capital et ses revenus, car c’est bien cela la solidarité.

Et, pour que cette solidarité prenne tout son sens, nous devons impérativement développer la prévention. Pour que l’accident n’arrive pas, pour que la maladie soit soignée à temps, pour que le stress et l’angoisse du lendemain soient évités. Permettre à chacune et à chacun d’avoir les moyens d’agir sur sa santé, c’est aussi initier une prévention efficace : par exemple, la mise en œuvre d’un plan national d’ergonomie participative permettrait d’améliorer les conditions de travail et d’éviter bien des maladies et des accidents professionnels.

Il est hypocrite de mettre en péril la santé de nos concitoyens en leur imposant des conditions de travail insupportables, pour regretter ensuite que la pollution, les horaires atypiques, le port de charges lourdes et le démantèlement des équipes de travail coûtent cher aux finances publiques. Il est hypocrite de laisser vivre des personnes dans des logements mal chauffés, mal insonorisés et insalubres, pour trouver ensuite que ces personnes coûtent cher en aides sociales. Il est hypocrite de faire croire à l’égalité entre les femmes et les hommes, pour pénaliser ensuite les femmes en leur offrant de moins bonnes carrières et de moins bonnes retraites. Il est hypocrite de prétendre aider les familles sans mettre en place un vrai service public de la petite enfance.

Tout aussi hypocrites sont les déclarations « généreuses » du Président de la République, qui dit vouloir consacrer 30 milliards d’euros au « cinquième risque » pour prendre en charge la dépendance de nos aînés. Il y a en effet urgence à créer une cinquième branche de la sécurité sociale, mais d’où viendront ces 30 milliards ? Et pour quoi faire ?

Nous voulons, nous, répondre aux besoins de l’ensemble des personnes en perte d’autonomie. Nous voulons que la solidarité prenne en charge leurs difficultés, qu’il s’agisse de compensations ou de services mis à leur disposition. Notre crainte reste entière quant à la discrimination des aides selon l’âge et à la privatisation de cette cinquième branche. La privatisation, c’est le contraire de la solidarité, et nous ne partageons décidément pas le même projet de société. La société que nous voulons, nous, est plus solidaire, plus juste, plus douce à toutes et a tous. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SRC.)

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