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Déclaration de politique générale du Gouvernement - explication de vote

François de Rugy

jeudi 25 novembre 2010

Première séance du mercredi 24 novembre 2010 - extrait du compte-rendu officiel
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M. le président. La parole est à M. François de Rugy, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

M. François de Rugy. Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mes chers collègues, lorsqu’il était en campagne pour l’élection présidentielle, Nicolas Sarkozy et ses conseillers avaient théorisé leur stratégie politique dans une expression : le storytelling. Derrière cette expression, issue, comme par hasard, du monde des séries télévisées américaines, se cachait tout simplement l’idée que la vie politique n’est plus qu’un feuilleton, qu’il faut alimenter chaque jour par de nouveaux épisodes.

Aujourd’hui, monsieur le Premier ministre, vous avez tenté de clore à votre profit le dernier épisode en date, celui du remaniement.

Comme d’habitude, Nicolas Sarkozy, porté par ses excès de langage, jamais démentis, jamais maîtrisés, n’avait pas hésité à annoncer qu’il allait tout changer. Finalement, avec votre gouvernement remanié, ce sont les mêmes acteurs et, avec votre discours d’aujourd’hui, c’est le même scénario. La fin elle-même semble déjà écrite à l’avance.

Nous cherchons désespérément dans votre discours de politique générale le programme de gouvernement pour les dix-huit mois à venir. Pour la France, pour les Français, ces dix-huit mois ne doivent pas être perdus.

Au lieu de cela, nous avons eu la désagréable impression de nous trouver dans une réunion électorale de l’UMP : votre discours comptait plus de messages en direction de vos troupes qu’en direction des Français.

Les messages exprimés par les Français ces derniers mois, tant lors des élections régionales que lors des manifestations contre votre réforme des retraites, leurs attentes, on avait bien du mal à les retrouver dans cet entre-soi. Nous avons eu droit à des critiques à peine voilées contre l’ancien numéro deux de votre gouvernement, M. Borloo. Nous avons eu droit à des messages à peine codés à l’égard du Président de la République lui-même, dont avez tenu à vous démarquer sur la forme.

Nous savions depuis dix jours que la France aurait le même Premier ministre et, pour une grande part, le même gouvernement. Nous avons maintenant la confirmation que nous aurons la même politique. Mais les jeux politiciens internes entre chefs de l’UMP n’intéressent pas les Français.

Mme Claude Greff. Les vôtres non plus !

M. François de Rugy. Les Français auraient aimé, et nous avec eux, que vous tiriez enfin les leçons de la crise. Quelles réponses nouvelles comptez-vous apporter ? Comment comptez-vous redéfinir nos modes de production et de consommation ? Comment comptez-vous développer de nouvelles activités économiques, seules à même de relever le défi de l’écologie et de l’emploi ?

Vous avez parlé de la fiscalité. Si vous avez été moins franc que Nicolas Sarkozy, qui n’avait pas hésité à annoncer la suppression pure et simple de l’impôt de solidarité sur la fortune, tout le monde a bien compris que la convergence fiscale franco-allemande n’était qu’un alibi pour baisser les impôts sur les gros patrimoines. Rien en revanche dans votre discours pour répondre à l’aspiration profonde et maintes fois exprimée des Français à la justice fiscale.

Dans le même temps, vous avez fait un terrible aveu sur les délocalisations. Vous n’avez pas hésité à déclarer qu’il faudrait plusieurs décennies pour avoir une concurrence plus équilibrée avec une puissance économique comme la Chine. Vous refusez obstinément de voir que c’est non pas la crise mais bien la dérégulation totale du commerce mondial qui a abouti à cette concurrence déloyale qui détruit inexorablement l’industrie et des millions d’emplois depuis des décennies en France.

Vous vous êtes gargarisé du rôle de la France à la tête du G20, mais vous n’avez rien dit de ce qu’était le programme de la France pour une régulation économique et financière mondiale. Vous n’avez rien dit de ce que serait la position de la France au prochain sommet sur le changement climatique. Votre triomphe contre M. Borloo, votre ancien ministre de l’écologie, vous conduit à balayer les enjeux écologiques en quelques secondes alors que l’attente des Français pour participer au changement sur ce sujet n’a jamais été aussi forte.

Dans le fond, vous vous êtes livré à un plaidoyer pro domo pour glorifier un bilan pourtant désavoué par les Français.

Même sur la réforme constitutionnelle de 2008, qui prévoyait le référendum d’initiative citoyenne, vous renvoyez à une obscure discussion avec le Conseil d’État. Permettre aux Français de reprendre la parole devrait pourtant être une priorité absolue après l’affrontement sans dialogue que vous avez conduit sur les retraites. Si votre engagement est sincère, soutenez sans hésitation notre proposition de loi organique qui sera examinée en séance le 2 décembre prochain. Ne renvoyez pas à plus tard.

Sur ce sujet comme sur d’autres aussi graves que l’endettement, par exemple, vos discours sonnent creux tellement ils sont éloignés non seulement de ce vous avez réellement fait depuis trois ans, l’explosion des déficits, l’explosion de la dette, mais aussi de la réalité vécue par les Français.

Vous l’aurez compris, monsieur le Premier ministre, comme les Français, nous sommes à mille lieues de votre discours figé dans la certitude que rien ne doit changer dans votre politique. Les députés écologistes, ainsi que les députés communistes et du Parti de gauche du groupe de la Gauche démocrate et républicaine, voteront contre cette déclaration de politique générale qui aura certes été très générale mais fort peu politique. (Applaudissements sur les bancs du groupe GDR et sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

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