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Les enjeux de Copenhague vus des Sud par trois Verts français de l’étranger

Port au Prince, Antananarivo, Addis-Abeba...

vendredi 27 novembre 2009

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Haïti : repenser notre développement et notre coopération

Haïti est un des quatre pays au monde les plus vulnérables au changement climatique, avec la Somalie, l’Afghanistan et la Sierra Leone (étude de Maplecroft de septembre 2009). En Haïti, les ouragans sont maintenant plus nombreux et génèrent de plus fortes précipitations, de même les épisodes de sècheresse sont plus intenses et plus fréquents. De plus, de nouveaux insectes, de nouvelles maladies apparaissent. Les conséquences sur l’agriculture sont dramatiques, notamment avec des pertes de récoltes. Les inondations endommagent les infrastructures de transport, provoquant des cas de famine dans les villes isolées. Le niveau extrême de déforestation de ce pays montagneux l’a rendu très vulnérable aux pluies. Ainsi, cette population subit les effets du modèle de développement productiviste et libre-échangiste des pays riches. Un nouveau modèle doit être soutenu par des politiques publiques mises en œuvre au nord comme au sud et par de nouveaux modes de financement.

Conduire des politiques publiques qui fassent évoluer radicalement notre modèle de société. Consommer moins de ressources naturelles pour vivre mieux. Dans ce changement de mode de consommation, les produits issus du commerce équitable comme le café, le cacao d’Haïti sont à promouvoir, car leur production est le fait d’une agriculture paysanne restauratrice de l’environnement.

Soutenir prioritairement le développement des pays les plus pauvres et les plus vulnérables au changement climatique (essentiellement les Pays les Moins Avancées). Il s’agit bien de promouvoir le développement au sens matériel du terme (accès à l’eau potable, augmentation de la production agricole et industrielle..) en s’appuyant sur les techniques les plus écologiques, en particulier l’agro-écologie, avec le souci de l’équité, ainsi qu’intégrant l’objectif de réduction et de gestion du risque climatique, avec par exemple une meilleure gestion des bassins versants et un renforcement de capacité à gérer les inondations.

Fournir des financements carbones adéquats. Les pays les plus touchés par le changement climatique comme Haïti ont des ressources budgétaires très limités (60% du budget de l’Etat haïtien vient de l’aide international). Les financements carbones existants sont jusqu’à maintenant inaccessibles pour Haïti. Outre l’annulation des dettes, nous devons inventer un mécanisme de compensation, financé par les pays producteurs de gaz à effet de serre, pour développer une agriculture paysanne et agro-écologique. Ces financements devraient être gérés par les Etats concernés, sous le contrôle de leur société civile, en particulier de leurs organisations paysannes et environnementales.

Benoît, Port au Prince

Madagascar : du bon usage du changement climatique

Des exemples concrets des effets du changement climatique à Madagascar étayés par des données scientifiques de longue durée sont difficiles à trouver. Mais on trouve facilement des slogans destinés à éveiller la compassion et à délier les cordons de quelque bourse. Il ne fait aucun doute que les températures augmentent, provoquant la migration de certaines espèces de grenouilles en altitude, ou l’augmentation des risques de paludisme sur les hautes terres. Pour la Grande Ile, les météorologues prévoient plus de pluies en saison humide, des cyclones plus destructeurs, et localement une saison sèche plus marquée.

Les enregistrements pluviométriques eux ne montrent pas encore de franches tendances à long terme. Mais telle ONG ne peut s’empêcher de rattacher la dernière sécheresse au changement climatique. Telle agence humanitaire annonce un effondrement de la production agricole, alors que des articles récents soulignent la croissance de la production de riz à Madagascar. Le changement climatique devient la vache à lait qu’il faut traire. A mettre ainsi à toutes les sauces du changement climatique, on ne peut que diluer le discours et en perdre la substance, donc le pouvoir de convaincre. Madagascar, de concert avec l’Afrique, s’apprête à juste titre à demander des comptes aux pays riches. Dans le même temps, le pays s’est lancé dans un programme de prospection pétrolière intensif, dans l’espoir d’exploiter les dernières ressources, les plus lourdes ou les plus polluantes. Ironie du sort ou cynisme ? Il semble donc urgent de recentrer et le discours et les actes.

Agnès, Antananarivo

Éthiopie : le coût humain du changement climatique

L’ONG Oxfam a publié récemment un rapport intitulé "Le coût humain du changement climatique", qui prévient que les impacts des sécheresses, inondations et événements extrêmes qui accompagneront le dérèglement du climat, seront particulièrement sévères sur l’alimentation et la santé des pays du sud, avec de graves répercussions sécuritaires.

Non seulement le changement climatique s’accompagne d’une augmentation des maladies tropicales transmises par l’eau et les insectes, mais la production des aliments de base risque également de s’effondrer. Ainsi pour 1°C de plus, le rendement du riz chute de 10% ; c’est la culture dont la population mondiale dépend le plus. Le maïs reculerait d’au moins 15% d’ici 2020 dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne et de l’Inde.

La situation en Ethiopie illustre tristement cette tendance. L’importance de l’agriculture pluviale et le dérèglement du régime des pluies n’ont fait qu’aggraver l’insécurité alimentaire. Le gouvernement éthiopien vient de reconnaître que plus de 6 millions d’habitants ont besoin d’une aide alimentaire d’urgence. Selon Oxfam, les températures en Ethiopie pourraient augmenter en moyenne de 3,9 degrés d’ici à 2080, ce qui fera de la sécheresse une "norme frappant la région trois ans sur quatre au cours des 25 prochaines années".

Dans ces conditions, la position de négociation de l’Union africaine pour Copenhague, défendue par le premier ministre éthiopien, est claire : des compensations pour s’adapter à cette nouvelle donne, mais aussi et surtout une augmentation des températures limitées à 2°C.

Lucien, Addis-Abeba

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