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Afghanistan : discours de Dominique Voynet

Discours de Dominique Voynet lors du débat sur la prolongation de l’intervention des forces armées en Afghanistan, le 22 septembre 2008 au Sénat.

jeudi 25 septembre 2008

Il y a plus d’un siècle, un président des États-Unis refusa de déclarer la guerre, préférant être jugé trop prudent qu’aventurier. Ses successeurs ne voient pas tous les choses ainsi... Si nous débattons aujourd’hui d’une situation qui tourne au bourbier, nous le devons aux multiples erreurs stratégiques et militaires de l’administration américaine.

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L’intervention autorisée le 20 décembre 2001, sous mandat de l’ONU, était légitime. Il s’agissait, après la chute d’un régime obscurantiste et criminel, complice revendiqué des terroristes d’Al-Qaïda, de maintenir la sécurité à Kaboul, pour permettre aux autorités afghanes et au personnel des Nations unies de travailler. Ce mandat clair a été étendu en 2003 à l’ensemble du pays. Nous avions raison de vouloir empêcher de nuire les terroristes du 11 septembre, qui visaient, outre les États-Unis, toutes les sociétés démocratiques. Il n’était pas question de se résoudre à la division du travail dénoncée par Joschka Fischer, selon laquelle les Américains combattent et les Européens reconstruisent. Nous ne pouvions être les passagers clandestins d’une action internationale qui nous concernait. Aujourd’hui, ce n’est pas le mandat qui est en cause, mais la façon dont il a été conduit. En confiant le commandement pérenne de la Fias à l’Otan, on a miné la crédibilité de la force internationale : il n’est plus possible à la population afghane de distinguer l’action de la Fias de celle de « Liberté immuable ». Si justes qu’aient été les intentions initiales, les résultats sont loin d’être à la hauteur des objectifs.

Le régime taliban est tombé mais l’Afghanistan est-il plus stable et plus sûr ? Est-il débarrassé de la violence, de la corruption, de la drogue ? La population approuve-t-elle le maintien des armées étrangères ? Celles-ci sont passées en sept ans de 20 000 à 70 000 soldats sans que l’on comprenne où pourrait mener une telle fuite en avant. Les talibans, hier rejetés par la population, se sont relevés de leur débâcle. Ils étaient perçus comme des extrémistes incompétents, ils pourraient demain être perçus comme des libérateurs. Ne prenons pas ce risque ! Ceux qui furent perçus comme les libérateurs de Kaboul ne doivent pas devenir l’armée d’occupation d’un pays qui les rejette malgré les efforts fournis en matière d’eau potable, de santé, d’éducation. Va-t-on rester pour l’éternité, « rester pour rester » comme di Barak Obama, et se résigner à l’enlisement et à l’extension du conflit ? Des voix s’élèvent pour réclamer l’extension du conflit au Pakistan, un pays nucléaire !

Vous avez raison, monsieur le Premier ministre, de dire qu’il serait irresponsable d’abandonner le peuple afghan à son sort, au risque de faciliter le retour des talibans et la reconstitution d’un État terroriste, mais il ne serait pas moins irresponsable de ne rien changer à la stratégie actuelle et de continuer à suivre les cycles chaotiques du président Bush, qui radicalisent l’opinion afghane. On multiplie ainsi les pertes humaines et l’on adapte sa stratégie à l’émotion que suscitent ces pertes ! On en vient, comme du temps de la guerre d’Algérie, aux injonctions à un patriotisme obligatoire.

La France doit retirer ceux de ses soldats qui sont engagés hors du mandat de l’ONU, et engager avec nos partenaires européens un dialogue qui permette de peser sur les États-Unis pour les faire changer de stratégie. La France saura-t-elle convaincre ?

Nous ne pouvons vous accorder le blanc-seing exigé : nous n’ajouterons pas nos votes à ceux de votre majorité. (Applaudissements à gauche)

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