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Rapport sur le 7ème Conseil du Parti Vert Européen (PVE), Vienne (Autriche), 12/14 octobre 2007

Par Danielle Auroi et Constantin Fedorovsky

jeudi 8 novembre 2007

Le 7ème Conseil du PVE s’est réuni à Vienne du vendredi 12 au dimanche 14 octobre dans la cadre majestueux du Parlement autrichien,. Le Conseil a parfaitement été organisé par les Verts autrichiens. Il faut dire qu’ils ont le vent en poupe : lors des dernières élections législatives, le 1er octobre 2006, ils ont obtenu 11,05 %, et 21 députés sur 183 (dont 12 femmes) en devenant la 3ème force politique du pays, derrière les mastodontes historiques (sociaux démocrates du SPÖ et conservateurs du « Parti du peuple » (ÖVP)). Ils avaient développé deux axes de campagne : d’une part la lutte contre la xénophobie déversée par l’ÖVP et le parti d’extrême droite de Jörg Haider (arrivé quasi ex-aequo avec les Verts avec 11,04 % et 21 députés) ; d’autre part la démonstration que création d’emploi et protection de l’environnement ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, la destruction du cliché selon lequel les Verts sont mauvais pour l’emploi. C’était précisément l’un des deux thèmes majeurs du Conseil.
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La délégation française, définie par le Collège Exécutif, était composée (en l’absence de Dominique Voynet, délégués au PVE) de Didier Claude Rod, délégué au PVE, de Pierre Serne (délégué suppléant au PVE), de Cécile Duflot, secrétaire nationale, Danielle Auroi, membre du CE, déléguée pour les questions européennes), Pierre Minnaert, (animateur de la Commission Europe), Marina Girod de l’Ain (Commission Europe), Jocelyne Le Boulicaut (commissions Femmes et Europe), Pascal Canfin (commission Economie) et Constantin Fedorovsky (assistant aux relations internationales). Etaient présentes pour Sinople Sandrine Roginsky et Anne Castelain. Catherine Grèze, membre de la Coordination des Verts mondiaux, a animé un atelier et fait une présentation en plénière sur le sujet. Alain Lipietz, député européen, a participé comme intervenant à une plénière sur l’économie. La délégation s’est réunie à plusieurs reprises à Vienne pour se coordonner, se distribuer dans les ateliers thématiques et pour définir sa position, sur les différentes résolutions et sur les amendements proposés, afin de promouvoir aussi les siens. Précisons que les Verts français disposent de deux délégués officiels et de 3 droits de vote, sur un total de 51 délégués et de 74 droits de vote. Les Verts allemands disposent du plus grand nombre de droits de vote (5), la plupart des « petits partis » disposent de 1 à 2 droits de vote.

Le programme du Conseil de Vienne comportait deux thèmes principaux :

1) La préparation de la campagne commune aux élections européennes de 2009 :

2) L’approfondissement de la vision et des propositions des Verts en matière d’économie.


- 1.- Préparation de la campagne commune aux élections européennes de 2009 :

C’est lors de la rencontre des leaders Verts européens qui s’est tenue le vendredi après-midi et à laquelle ont participé Cécle Duflot et Danielle Auroi qu’a été prise la décision essentielle concernant la campagne commune aux élections européennes de 2009 : l’élection des 11 leaders de partis qui complèteront le comité de pilotage politique de la campagne commune aux élections européennes de 2009 ; ce comité intégrait déjà des représentants du PVE (Philippe Lamberts et Ulrike Lunacek, porte-parole ; Juan Behrend, secrétaire général ; Johan Hamels, trésorier ; Szilvia Csanyi, directrice de campagne ; Graham Burgess (attaché de presse), des représentants du groupe Verts/ALE au Parlement Européen (Dany Cohn-Bendit et Monica Frassoni, co-présidents, Vula Tsetsi (secrétaire générale), Helmut Weixler (attaché de presse).
Quant aux 11 représentants de partis nationaux, il s’agit de : Cécile Duflot (France), Martin Bursik (vice premier ministre et ministre de l’environnement, Rép. Tchèque), Reinhard Butikofer (co-président des Verts allemands), Trevor Sargent (Ministre d’Etat pour l’alimentation, Irlande), Chicco Negro (Italie), Olaf Munichsdorfer (Luxembourg), Jaap De Bruijn (Groen Links, Pays-Bas), Peter Eriksson (porte-parole des Verts suédois), Darko Krajnc (candidat des Verts slovènes à l’élection présidentielle du 21 octobre où il obenu 2,2 %), Jakob Norhoj (Socialistik Folkeparti, Danemark) : quoique ce parti, important au Danemark, ne soit qu’observateur au sein du PVE, il supplante de plus en plus, de par sa légitimité démocratique et de par ses positions politiques compatibles avec celles du PVE, la microscopique parti membre danois, aux positions violemment anti-européennes).

Ce comité de pilotage politique aura pour rôle de déterminer la stratégie et l’orientation de la campagne. Il sera appuyé par une équipe de campagne. Le but étant bien sûr d’augmenter, au terme d’une campagne efficace, le nombre et l’influence des Verts au Parlement européen afin que l’Europe, selon les termes d’Ulrike Lunacek : « prenne vraiment les décisions nécessaires pour combattre le changement climatique, pour assurer un développement soutenable, et promeuve la justice sociale en Europe et au-delà ».
Rappelons qu’à l’issue du précédent Conseil de Berlin, en mars 2007, il avait été décidé que le PVE devrait préparer les élections de 2009 en identifiant un nombre limité de thèmes qui pourraient servir de base à la préparation, en 2008, du manifeste ou du programme de la campagne. Quatre sujets controversés (économie, migrations, changement climatique et énergie, politique sociale y compris la question du revenu d’existence) devant donner lieu à la création de groupes de travail qui pointeront les concordances, discordances et proposeront des solutions communes. Ce travail a déjà commencé, et le groupe de travail Migrations a tenu une réunion de travail lors du Conseil de Vienne : Danielle Auroi, Pierre Minnaert, Jocelyne Le Boulicaut et Sandrine Roginsky y ont participé pour les Verts).


- 2.- Approfondissement de la vision et des propositions des Verts en matière d’économie :

Ce fut le thème de fond de ce Conseil de Vienne, qui a donné lieu à des discussions passionnantes non seulement entre les Verts des 35 partis de 32 pays membres du PVE, mais aussi avec des personnalités extérieures (dont la célèbre indienne Vandana Shiva,Prix Nobel alternatif, mais aussi des chefs d’entreprise et des experts avec des cultures parfois éloignée de celle des Verts mais soucieux de dialogue).

Ces débats ont eu lieu à la fois en plénières en lors d’ateliers. Côté plénières il y eut celle d’ouverture, le vendredi soir, intitulée « Pour une économie prospère, combattre le changement climatique ! » et les deux plénières du samedi après-midi, intitulées :
« la vision économique des Verts : différentes perspectives de partis Verts » et « l ‘économie de demain commence aujourd’hui : études de cas autrichienne (solaire), basque (coopérative ouvrière) , polonaise (bus hybrides)).
Côté ateliers, il y en eut 5 parallèles, qui ont occupé la matinée du samedi et dont la synthèse des travaux eut lieu en plénière à midi

  • croissance sans limite ou croissance soutenable, que pourrait être une économie verte et pour qui ? »
  • le marché n’est pas la seule réponse : quelle gestion des services publics (Pascal Canfin fut le rapporteur de cet atelier, son rapport (en anglais) est disponible)
  • Innover pour créer des emplois
  • La régulation des marchés financiers : une idée du passé ou incontournable pour notre futur ?
  • Développement économique et cohésion dans l’Union Européenne.

Alain Lipietz a participé à la plénière intitulée « la vision économique des Verts : différentes perspectives de partis Verts ». Il a fait part de son sentiment : « il existe actuellement de fortes contradictions chez les Verts à propos du marché, entre ceux qui veulent une « économie verte de marché « (...) et ceux qui se définissent davantage comme anti-libéraux qu’anti-productivistes. Ce clivage recoupe-t-il les différents systèmes d’alliances des partis Verts en Europe ? On sait qu’actuellement les Verts sont dans trois coalitions de centre-droit (Finlande, Tchéquie, Irlande) et une de centre-gauche (Italie) (...) Au niveau du discours, les ministres de « centre-droit » tiennent les propos les plus à gauche. Martin Bursik, vice-premier ministre et ministre de l’environnement de Tchéquie, insiste que le sens social des écotaxes dépend de ce qu’elles servent à financer, et Tarja Cronberg, ministre du Travail en Finlande se bat toujours pour le « basic income » (revenu de citoyenneté) et pour la croissance du temps libre plutôt que pour davantage de consommation (...). Inversement, le discours de Ralph Fücks sème un malaise : « Les Verts sont des libertaires. Ils considèrent que la démocratie est intimement liée au marché et que le marché est la forme la plus efficiente ».

Ces échanges ont permis de mieux identifier les points d’accord et de désaccord en vue de l’adoption prévue lors qu prochain Conseil, au printemps 2008 en Slovénie, d’un document sur « la Vision verte de l’économie et la politique européenne ».

Indépendamment de ces deux grands sujets, le Conseil de Vienne a bien sûr procédé à son travail politique habituel.

Comme de coutume il a commencé avec la tenue en parallèle, le vendredi d’une vingtaine de « fringe meetings » (ateliers de travail) portant sur autant de thèmes. Jocelyne Le Boulicaut a établi un compte rendu (disponible) des travaux du « Green Islands Networtk », du Réseau méditerranéen, du groupe de travail sur l ‘énergie, du groupe « Gender », du groupe « Migrations » et du groupe « innovation technique et création d’emplois ». Catherine Grèze a établi un compte rendu (également disponible) de l’atelier qu’elle a animé sur deuxième Congrès des Verts mondiaux. qui aura lieu à Sao Paulo (Brésil) du 1er au 4 mai 2008, sept ans après celui de Canberra. Marco Antonio Mroz, secrétaire aux relations internationales des Verts brésiliens a participé à cet atelier, de même que des représentants des fondations des Verts suédois et allemands qui seront les principaux bailleurs de fonds de l’événement. Le comité organisationnel de la Coordination des Verts mondiaux (3 personnes élues par continent et des représentants des principaux bailleurs) a prévu que le thème principal de ce 2ème Congrès serait « la crise climatique » et que les domaines sociaux, humains, économiques, etc, seraient traités en ateliers sous l’angle des répercussions de la crise climatique sur chacun d’entre eux,. Plusieurs aspects organisationnels ont été abordés (finances, représentation politique des partis...). Les Verts hollandais avaient déposé une résolution pour doter la Coordination mondiale des Verts (actuellement structure de bénévoles travaillant essentiellement par conférences téléphoniques ) de moyens financiers afin qu’elle puisse à l’avenir donner aux Verts une visibilité et une cohérence analogues à celles de Greenpeace ou des Amis de la Terre au niveau international.

Le Conseil a adopté comme de coutume une vingtaine de résolutions. Les 3 résolutions de fond déposées par les Verts français sur mandat du CNIR , qui visaient à une élaboration programmatique commune, ont été votées à une très large majorité : la motion sur la réforme de la PAC n’a été que légèrement amendée et l’amendement anglais demandant la suppression de la PAC a été très largement repoussé. La résolution demandant de combattre les OGM en plein champ partout dans le monde été votée à la quasi unanimité et la résolution sur la conférence intergouvernementale de Porto, qui reprend l’analyse du CNIR sur le Traité Constitutionnel et sa nouvelle mouture a été largement adoptée, recevant le soutien des anciens partisans du Oui et du Non au TCE.

Une très importante résolution sur l’immigration et le droit d’asile a été votée, qui condamne les politiques restrictives et répressives des pays de l’UE envers les immigrants et demandeurs du droit d’asile ; elle condamne notamment les tests d’ADN.

Parmi les autres résolutions marquantes, citons celle sur le soutien aux démocrates et à Aung Suu Kyi en Birmanie, suite à la récente répression sanglante par la dictature de manifestations pacifiques, celle sur le Darfour (l’amendement des Verts condamnant l’instrumentalisation du conflit au Darfour par les dictatures tchadienne et centrafricaine pour liquider leurs opposants a été adopté) et deux résolutions sur la répression des démocrates en Russie, dont l’une rendant hommage à Anna Politkovskai, assassinée un an auparavant, le 7 octobre 2006.

Le Conseil a élu ses conseillers financiers  : Steve Emmott (Royaume Uni) et Lena Lindström (Suède) ont été réélus et Barbara Schramm-Skofitz (Autriche) élue.

Il a adopté le Plan d’action 2008..

Le Conseil a poursuivi l’élargissement du PVE en accordant à la quasi unanimité le statut d’observateur au parti croate Zelena Lista Croatia (Liste Verte de Croatie).. Il a par contre reporté sa décision quant à l’octroi du statut de membre à part entière du parti moldave « Partidul Ecologist din Moldova-Aliante Verde », qui est déjà observateur.

A l’ouverture du Conseil le vendredi soir, une minute de silence avait été observée en plénière en l‘honneur d’Ingrid Bétancourt.

Philippe Lamberts, porte-parole du PVE, a fait par un récapitulatif des résultats électoraux des Verts, en Europe, aux différents scrutins de 2007 :

  • 8,5 % (+ 0,5 %), 15 députés (+ 1) et 3 ministes (+ 3) en Finlande ;
  • 16,4 % (+ 3,8 %), 14 députés (+ 2) et 2 ministres (+ 2) dans le Land de Brême
  • 4,7 % (+ 0,9 %), 6 députés (=) et 3 ministres (+ 3) en Irlande
  • 9,1 % (+ 3,6 %) et 12 députés (+ 8) en Belgique
    Il ignorait encore que la semaine suivante, le 21 octobre, les Verts suisses complèteraient le tableau en obtenant 9,6 % (+ 2 ,0 %) et 20 sièges (+ 6).
    Seuls les résultats des Verts en France, avaient assombri quelque peu le tableau :
  • 1,57 % (moins 3,7 %) à la présidentielle,
  • 3,4 % (moins 1,1 %) et 4 députés (+ 1) aux législatives
    Mais Philippe Lamberts rappela que le système électoral français (absence de représentation proportionnelle, inversion du calendrier électoral..) expliquait largement un tel recul.

Comme de coutume, ce Conseil a été l’occasion d’un très grand brassage, de nombreux échanges interpersonnels, qui petit à petit façonnent une unité plus grande et donnent chair et vie au PVE. Ainsi, au hasard, pouvait-on rencontrer pour la première fois un représentant du « parti socio-écologique d’Arménie » (Armen Dovlatyan, pour le citer),. Les Verts des autres continents n’étaient guère nombreux : Marco Antonio Mroz (Brésil) comme nous l’avons vu, qui était accompagné du député fédéral Vert brésilien José Paulo Toffano, et deux représentants du parti Vert des USA.. Au final, ce fut un Congrès très positif.

Rapport de Danielle Auroi
Déléguée aux questions européennes
et
Constantin Fedorovsky
Assistant aux relations internationales

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