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Sarkozy : lourde victoire, mais...

Communiqué d’Alain Lipietz, 6 mai 2007, 20 heures

dimanche 6 mai 2007

La victoire de Nicolas Sarkozy est lourde de sens et de conséquences. Elle ne préjuge pas cependant du destin de la France dans les prochaines années, ni même des prochaines législatives.
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Lourde de sens : pour la première fois depuis 1974, l’alternance n’a pas joué. Les Français ont majoritairement préféré une politique sociale et sécuritaire dans la continuité, sans nul doute aggravée, de celle menée depuis cinq ans : remise en cause des conquêtes sociales, des services publics, des droits humains. La puissance même du rejet de cette politique par une forte minorité n’a pas su convaincre les hésitants, quand elle ne les a pas effrayés. Le vote de la peur, de l’individualisme et du conservatisme l’emporte sur l’espoir d’un changement fondé sur la solidarité.

Le courage et la qualité de la campagne de Ségolène Royal, sans doute handicapée par un sexisme dont la campagne a donné maints exemples, ne sont pas en cause. Mais deux tendances lourdes ont joué contre elle.

La plus réparable est l’accumulation d’erreurs tactiques du Parti socialiste. Renonçant aux leçons de ses victoires de 1997 et 2004 (le succès de « l’alliance de la gauche et des écologistes »), il a d’abord cru pouvoir profiter du « vote utile » pour écraser ses alliés potentiels, refusant de présenter une alliance législative et gouvernementale confortant la crédibilité de sa candidate présidentielle.

Entre les deux tours, refusant l’évidence qu’un compromis avec le centre restait la seule solution, il n’a pas osé offrir clairement ce qui aurait pu autonomiser le centre de la droite : la 6eme République avec une forte dose de représentation proportionnelle.

Cette incapacité tactique reflète les profondes divisions et la paralysie d’une gauche sortie en lambeau des débats sur la laïcité et sur le referendum constitutionnel européen.

Car plus profondément, la polarisation sociale entretenue par un quart de siècle de libéralisme a engendré deux Frances, dont les « gagnants », y compris les « papy-boomers » aux retraites, au logement et à l’épargne confortables, se sont vu offrir des gages par Sarkozy, qui a su aussi faire miroiter aux « perdants » ce que Le Pen avait jusque là monopolisé : le mythe de la sécurité par la répression et la chasse aux immigrés.

En face, la gauche n’a pas su inventer une voie pour le XXIe siècle, mettant au centre de son projet les défis des crises écologiques et de la mondialisation, dont les réponses sont essentiellement européennes, ni une version renouvelée, plus participative, de la « sécurité » (sécurité de l’emploi, sécurité contre la solitude et les peurs de la vieillesseŠ), ni une revalorisation du travail fondée d’abord sur la qualification et la participation de tous.

Mais la droitisation même de la droite a ouvert une brèche qui peut s’avérer irréconciliable avec une partie du centre. C’est cette brèche qui a permis à l’Italie de sortir du règne de Berlusconi. C’est cette brèche qui fait encore des législatives de juin, seule élection déterminante en France, une perspective ouverte.

Alain Lipietz, Député Européen

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