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Assemblée Générale de Nantes

Rapport de Dominique Voynet

14 décembre 2002

dimanche 1er décembre 2002

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Pour la première fois depuis 20 ans (et depuis la création des Verts eux mêmes), c’est une formation unique de droite qui détient tous les leviers de pouvoirs, comme dans d’autres pays européens.

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En 6 mois, nous avons pu en faire le constat, il ne s’agit pas d’une simple alternance, cette droite applique un programme systématique de remise en cause des compromis sociaux de l’après guerre, elle entend revenir sur tout le cycle ouvert par mai 68, et promouvoir une vision libérale de l’écologie qui ne sera pas sans conséquences sur de très anciens combats !

Notre AG a donc pour but de rendre compte de ce qui s’est passé dans les deux dernières années, de dresser un constat lucide et réaliste de l’état des Verts après cinq ans de majorité plurielle, de fixer des axes d’action et de fonctionnement pour les deux ans qui viennent !

Nous n’avons donc pas à refaire les votes des militants qui ont clairement tranché un certain nombre de choix et d’orientations, mais nous n’avons pas non plus à sur-interpréter ces votes, qui manifestement devraient inciter tous les jusque-au-boutistes à un peu de retenue ! Ni à trancher de façon anticipée des choix qui devront l’être en temps et en heure

En revanche, nous avons une obligation de résultats aujourd’hui.

C’est que notre AG fédérale est le premier congrès des partis de l’ex-gauche plurielle à se tenir après la défaite. En tant que tel, il est attendu et observé non seulement par les militants Verts mais par toute l’opinion publique.

La droite voudrait bien avoir des Verts en lambeaux pour pouvoir faire passer ses projets scandaleux en matière de nucléaire, d’OGM, ou d’agriculture ! Les autres formations à gauche se détermineront aussi en fonction de notre propre positionnement Et l’impression d’ensemble qui ressortira de notre week-end jouera sur le moral de tous ceux qui ont à affronter quotidiennement les difficultés du combat écologique et social. Car il s’agit de relever les défis militants d’une période nouvelle.

Retour sur le bilan politique des deux ans passés

Lors de l’AG de Toulouse, en novembre 2000, nous nous étions fixé trois orientations, à une large majorité (66%) :

1/ Confirmer notre participation à la Majorité Plurielle : déjà, la prise en compte de nos propositions au Gouvernement et à l’Assemblée paraissait moins nette ; mais nous estimions que cette participation avait été plutôt payante et plutôt soutenue par nos électeurs à l’occasion des Européennes, et qu’elle le serait aussi pour les Municipales suivantes.

2/ Préparer la renégociation du contrat ave le PS et le PC, sur une base plus « équilibrée ». Avec des propositions plus précises, avec une représentation plus juste des uns et des autres, grâce à la proportionnelle, avec un autre fonctionnement entre les partis

3/ Lancer les chantiers de la réorganisation des Verts pour les mettre à la hauteur de leurs responsabilités nouvelles.

4/ Choisir une méthode et un calendrier de désignation de notre candidat aux élections présidentielles.

C’est cette orientation politique qui fut portée par les Verts aux Municipales et aux Cantonales. Dans un contexte de reflux de la gauche (sauf à Paris, Lyon et Dijon) elle fut comprise et approuvée par un électorat plus large et plus varié que par le passé.

C’est sur cette base que je me suis portée candidate au Secrétariat National, dans un climat interne chahuté, à Créteil. La même perspective d’une alliance rééquilibrée fut adoptée au début de l’année 2002. C’était à Nantes, déjà. La liste des points essentiels pour les Verts ayant été rejetée par le Parti Socialiste, il n’y eut aucun accord programmatique ! Verts et PS s’en tinrent à la signature d’un accord « électoral ». Il aurait été meilleur que le précédent si la gauche avait gagné ; il fut moins bon à l’épreuve de sa défaite.

C’est sur cette ligne que Noël Mamère fit campagne à la Présidentielle et obtint le meilleur score jamais atteint par un écolo à une Présidentielle.

Après le drame du 21 avril, nos candidats aux législatives ne changèrent pas de cap. Mais notre sort était évidemment lié à celui de la coalition majoritaire dans laquelle nous nous étions inscrits avec constance.

Avec une abstention persistante en dépit de la belle mobilisation du 1er mai, le résultat fut un recul important des socialistes en voix, moins prononcé que celui de 1993. Sans doute en raison de la « punition » que se sont infligés les électeurs « coupables » d’avoir choisi un autre candidat de gauche que le candidat socialiste aux élections Présidentielles. Un tassement des communistes en voix et en sièges. Une progression en voix des Verts, grâce à un nombre de candidats plus important qu’en 1997, mais un recul net de nos candidats autonomes par rapport au score obtenu quelques semaines auparavant par Noël. Seuls furent élus trois candidats Verts bénéficiant d’un actif soutien socialiste.

Pourquoi cette stratégie n’a-t-elle pas réussi, non seulement à maintenir les positions parlementaires verts, mais aussi à conjurer le spectre de la défaite de toute la coalition ?

A/ Il arrive que l’on perde, tout simplement parce que l’adversaire surfe sur des évolutions plus fortes ! On ne peut faire l’impasse sur la dégradation des rapports de forces économiques, culturels, sociaux et politiques dans les sociétés occidentales : les USA, l’Italie, l’Autriche, l’Espagne, la Hollande, le Danemark

Les multinationales ont accru leurs poids sur l’économie. Celui des Etats s’est relativisé. La précarité du travail a réduit les capacités de résistance du salariat traditionnel. Les couches moyennes sont divisées sur les questions des solidarités sociales. Les insécurités, y compris écologiques, et l’affaiblissement des cadres traditionnels de l’autorité ne jouent pas forcément dans un sens progressiste. L’individualisme, la culture de la délégation, le zapping politique, le consumérisme Autant de comportements en décalage avec la responsabilité et la participation nécessaires au changement. Les menaces internationales (11 septembre) renforcent les peurs ! L’Europe représente pour beaucoup un saut dans l’inconnu !

B/ Il y a, à partir de là, les retards pris par les gauches européennes dont les discours et les réformes, y compris quand elles sont de gauche, sont parfois en décalage ou en retrait avec les évolutions sociales, la variété des demandes, l’évolution du rapport de forces. Du descendant technocratique là où il faudrait du délibératif participatif. Du « prêt à porter » mal ciblé là où il faudrait du « cousu main », du moins d’Etat là où il en faut plus, et plus de bureaucratie là où on devrait alléger. De la relance économique des secteurs traditionnels là où il faudrait soutenir de nouvelles demandes, de nouvelles offres, (qualité des emplois et formation, Tiers Secteur, développement local, Energie, Transports ferroviaires). Du national défensif là où il faudrait de l’européen pro-actif.

Ce retard ne concerne pas que les partis : c’est tout le dispositif de pensée, d’action, et d’articulation entre la politique, le social, l’associatif qui est interpellé à gauche !

En plus de ces inadaptations de fond, de grosses erreurs se sont cumulées en France. Des erreurs stratégiques : baisse des impôts, thématique sécuritaire, place insuffisante accordée aux questions écologiques. Des erreurs tactiques : l’inversion du calendrier, le refus de conclure avec les Verts un accord pourtant raisonnable pour ne pas déplaire à Chevènement, à Fabius ou au PCF Du coup, la gauche est arrivée à la Présidentielle avec un discours hésitant, sans perspective d’alliance solide, à la différence de la droite dont le discrédit a été surestimé.

C/ Il y a ce qui relève des Verts eux-mêmes : Le problème n’est pas seulement de savoir si nous avons été trop mous ou trop gentils ! Le problème c’est le décalage entre notre poids social, intellectuel, culturel et notre poids électoral.

Les crises environnementales et sanitaires qui se succèdent ont conduit beaucoup de nos concitoyens à prendre conscience de la gravité de la situation, ici et à l’échelle planétaire. Mais les résistances au changement sont fortes. Il reste difficile de modifier les comportements des individus et des groupes, de convaincre que les propositions des Verts sont fonctionnelles et crédibles, et que les Verts eux-mêmes sont en mesure de conduire le changement ! Autrement dit, les Verts dérangent parfois, ils intéressent souvent, ils ne sont pas toujours suffisamment convaincants ; ils ne sont pas perçus comme rassurants, solides, stables.

C’est ce qui rend le bilan de notre participation gouvernementale si ambivalent : il n’est pas exact que notre stratégie d’instillation de ferments de développement durable ait échoué : nous avons fait avancer des idées, conduit des expérimentations, enfoncé des coins, ouvert des possibles. Si ce n’était pas le cas, pourquoi cet acharnement de la droite à défaire ce qui a été fait ? (abandon loi eau - remise en cause des pays - abrogation décret chasse).

Mais nous n’avons pas été en situation de peser au cur du dispositif gouvernemental, sur les grandes politiques macro-économiques ou verticales, ni pu exercer un droit de suite suffisant sur les réformes que nous avions pourtant largement portées, comme les35 heures. D’où une visibilité plus faible, par exemple que les Verts allemands ! Mais ne nous y trompons pas, ils rencontrent cependant les mêmes difficultés que nous, comme le montre l’accord Chirac-Schroeder sur la PAC, qui s’est fait dans le dos de Renate Künast, la ministre verte de l’agriculture.

Sont en cause là notre faiblesse organisationnelle, le caractère inachevé de nos propositions politiques, et parfois leur caractère ambigu (sur le rôle de l’Etat, par exemple), le faible degré de nos liens avec les réseaux civiques et du développement durable, eux-mêmes en recherche de cohésion véritable.

Partie 2 : les Verts au terme de l’expérience de 5 ans de majorité plurielle

Même si le terme de « majorité culturelle » fausse une appréciation réelle et un peu fine des choses, il faut constater que les thèmes dont nous avons été les porteurs depuis 20 ans sont sur le devant de la scène : transports, eau, santé-environnement, risques industriels, énergie, changement climatique, agriculture

Mais de façon dispersée, sans que la cohérence globale de notre message soit perçue, avec de fortes hésitations et de fortes contradictions dans la société, en matière de consommation, de logement, de modes de transport, de loisirs Avec surtout des difficultés pour apercevoir, à une échelle crédible, des alternatives et des chemins concrets pour y parvenir.

Le reflet de cela, c’est le paradoxe d’une écologie reconnue alors que le parti des écologistes n’a pas franchi le cap au-delà duquel il pèsera, en positif et à l’échelle du pays tout entier sur les transformations des grandes politiques publiques ! Notre compétence est reconnue localement, voire thématiquement, mais pas globalement Au demeurant, nous ne constituons pas une exception et il n’y a pas de retard Vert spécifiquement français !

Nous avons avancé pourtant dans la bonne direction et il ne faudrait pas que le contexte de défaite, l’analyse de nos faiblesses ou l’exacerbation artificielle de nos propres tensions, nous amènent à une auto-dévalorisation qui ne permettrait pas de prendre la mesure des progrès et des ressources !

Les points sur lesquels nous avons progressé ces dernières années :

Un développement régulier : en 5 ans, nos effectifs ont augmenté significativement. Même chose pour le nombre de nos élus, notamment dans les exécutifs. Cela se traduit par une meilleure couverture du territoire dont témoigne le nombre de plus en plus élevé de nos candidats aux élections. Je note aussi une amélioration de notre intervention dans la jeunesse, même s’il reste plus facile de toucher les jeunes qui font des études que ceux qui découvrent le monde professionnel, notamment dans le monde rural !

La compétence qualitative de nos adhérents, en particulier sur nos « métiers de base », mais aussi sur le développement local, l’économie solidaire. Cela se voit aussi par l’élévation significative de la qualité d’un grand nombre de commissions : la commission Transnationale, Santé, Mer et littoral et par le bon niveau des Journées d’été. Cela s’est traduit aussi dans les textes des programmes présidentielles et législatives. À signaler la large diffusion de ce dernier texte, qui est l’ouvrage qui s’est le plus vendu de l’histoire des Verts ! À signaler aussi la relance d’une offre diversifiée sur le terrain théorique avec l’apparition, ou la ré-apparition, d’Ecorev, de Cosmopolitiques, d’Écologie politique.

Une meilleure circulation et l’information technique par des réseaux de diffusion formels (Fedel) ou informels. Avec au total, une plus grande solidarité organisationnelle : contrairement à ce qui est dit parfois à tort et à travers, les fondamentaux de « l’entreprise Verte » sont meilleurs, au plan national, qu’ils n’étaient en 1997. Nos ressources sont plus fortes, plus régulières, la maîtrise de nos dépenses et de notre structure de gestion est plus grande. Nous avons parfaitement pris le virage d’une législation très contraignante, avec la validation de tous nos comptes nationaux de campagnes. La compétence est mieux diffusée à travers un véritable réseau de trésoriers régionaux, et les statuts de nos salariés ont été consolidés ces dernières années. Un plan de formation s’est mis en place à travers un redéploiement du Cédis qui a été réorganisé, sans polémique ni conflit.

Évidemment, on est encore loin du compte, mais les bases ont été jetées vers, non pas une professionnalisation qui fait débat entre nous, mais vers une élévation du niveau de qualification collective.

J’en viens aux faiblesses des Verts, d’autant plus flagrantes que les demandes externes montent et les exigences internes aussi.

Il y a toutes celles pointées dans l’audit participatif dont j’ai pris l’initiative à mon arrivée au Secrétariat National, tant il me paraissait évident qu’un diagnostic partagé constituait la base solide de toute réforme des Verts. Merci à Benoit Rihoux et à son équipe. Je me félicite du succès de la démarche et de l’intérêt que vous y avez pris. Dans les conclusions de l’audit, il y a des choses qui relèvent du toilettage ; d’autres, plus politiques qui relèvent non pas d’un changement de nos principes mais d’un changement dans leur mise en uvre. Le chantier reste ouvert. Il me semble indispensable qu’il soit conduit à son terme, comme le prévoit une motion ponctuelle votée à une large majorité.

Je me permettrai de pointer parmi beaucoup d’autres questions qui restent, à mon avis, préoccupantes et ne relèvent pas d’un simple problème d’organisation :

1/ Le fait que nous restions un parti d’activistes. La complexité de notre fonctionnement, le nombre de nos réunions, la faible disponibilité d’infos simples et la surabondance de papiers de tous niveaux, rendent très sélectif l’accès aux responsabilités et décrivent comme profil de dirigeant plutôt un prof quinquagénaire qu’une jeune ouvrière.

2/ Le poids relatif non seulement IDF/Régions, mais plus globalement Métropoles régionales / Villes moyennes et zones rurales : cela pose des problèmes d’appréciation politique et commence à se ressentir au plan électoral.

3/ Nos difficultés persistantes de communication. En dépit des efforts de l’équipe de Vert Contact, notre presse n’est pas à la hauteur des besoins. Et notre site internet, en progrès, reste peu alimenté par le mouvement. Cela pose un vrai problème quant à la parole publique des Verts et notre capacité à avoir un lien régulier avec nos sympathisants.

4/ Enfin, la faiblesse de nos interventions en tant que mouvement, dans les secteurs clefs du changement que sont l’entreprise (sous l’angle double du contact avec des entrepreneurs et des syndicalistes), la recherche, la culture, l’éducation.

Enfin, je ne peux évidemment pas terminer sans pointer la question de la gestion toujours dramatique et sous forme de crises de nos différences de cultures ou d’histoires et de nos divergences politiques, qui sont sans doute le point faible le plus visible des Verts et un des principaux obstacles à l’adhésion.

Contrairement à une opinion largement répandue qui voit dans tout responsable politique, un renégat en puissance, je ne crois pas que tous les problèmes que nous avons rencontrés depuis la fondation des Verts ou depuis deux ans soient liés à de simples problèmes de pouvoirs et de rivalités entre des personnes.

En fait, depuis plusieurs années nous prenons la mesure de plusieurs problèmes :

A/ Nous découvrons d’abord les tensions de tout parti politique parlementaire, entre des groupes aux intérêts variés : pôles d’implication dans la société civile, pôle des élus, pôle de la gestion ministérielle, pôles des salariés, pôle des responsables internes : nous n’avons pas trouvé les bons équilibres de visibilités, de répartition de la parole, de pouvoirs. Ce problème a toujours fait débat dans la gauche. Au PC, le pouvoir appartenait à l’appareil ; au PS, il appartient aux élus. Chez les Verts, les lieux du pouvoir sont éclatés, mal articulés et constamment contestés !

B/ Nous apercevons ensuite la difficulté bien concrète pour un parti de transformation, à articuler trois catégories d’activités : la communication politique classique dont le combat électoral est un moment fort ; l’immersion dans les conflits de la société (les fameux mouvements sociaux) ; les implantations de plus long terme dans les changements de comportements (travail, consommation). Il y a des différences de pondération entre nous sur ces questions, selon justement d’où nous venons, nos parcours et nos cultures de formation.

Enfin nous vivons douloureusement, comme toute formation minoritaire dans une coalition, surtout après une défaite, la gestion des équilibres compliqués entre identité et alliances : nous n’avons pas la même appréciation là-dessus. Certains d’entre nous pensent qu’il faut désormais renforcer notre mouvement avant de songer à une nouvelle alliance de gauche. Les mêmes, ou d’autres peut-être estiment que la qualité de l’alliance est pour l’essentiel une question de rapports de force à construire en « retrouvant la société ».

D’autres encore, manifestement plus minoritaires et dont je suis, pensent que la double question de la forme de l’alliance et du déplacement de ses frontières actuelles déterminent dans les années à venir la possibilité pour l’écologie politique d’imprégner toute la gauche sociale et politique.

Des 20 dernières années et pas seulement des années gouvernementales, je retire l’idée que la modification en profondeur d’un système aussi mobile que le capitalisme nécessite des coalitions relativement homogènes et durables, reposant sur des consensus forts et sur des bases sociales solides, capables d’aller au-delà d’une ou deux législatures pour marquer le paysage d’une société. La simple juxtaposition, y compris sur la base d’un contrat, de plusieurs partis censés occuper des bouts d’électorat, ne protège en rien contre la réduction de l’offre politique, à un choix entre néo-blairisme et extrême gauche.

Et si, parmi beaucoup d’autocritiques à faire à cette tribune,( même si je ne suis pas vraiment familière de l’exercicej’étais encore à l’école primaire à l’époque de la Révolution Culturelle), je décidais de n’en sélectionner qu’une seule, ce serait celle d’avoir laissé entretenir l’idée que mon « rêve de parti unique » pouvait renvoyer à une perte de confiance vis-à-vis de l’Ecologie politique, alors que la question qui me hante est celle de savoir comment elle va au contraire cesser de n’être qu’un groupe de pression pour imprégner fortement l’ensemble de la gauche française - d’une gauche capable de porter un projet de transformation sociale et écologique de la société à vocation majoritaire.

Sur toutes ces questions qui font débat, et pas seulement sur la dernière, rien ne sert de masquer les divergences ! Il faut au contraire en dresser l’inventaire mais sans distribuer des noms d’oiseaux. Au point où nous en sommes, le débat n’oppose pas des gauchistes et des droitiers, il oppose des militants qui s’interrogent sur les moyens de faire progresser une même cause !

Mais le débat ne doit pas tout bloquer et tout paralyser ! Des majorités doivent pouvoir se constituer, réelles, significatives et efficaces, tout en laissant aux minorités la possibilité d’exister, de s’exprimer de faire vivre leurs idées ! Or chez les Verts, depuis le choix opéré par rapport au ni - ni, nous n’avons ni majorité en situation de gouverner, ni minorité en situation de produire des apports utiles pour tout le mouvement.

Nous ne savons pas gérer nos différences, avant qu’elles n’aient dégénéré en conflit, en affrontements, ou à la caricature des positions de l’autre se superposent la vivacité et la fierté des personnes. En cela notre culture de la résolution des conflits est très conforme à une tradition française bien enracinée ! J’observe que nous ne savons pas non plus faire appel à notre périphérie pour gérer nos différends, alors que nous parlons de conférences de consensus, de débats citoyens Au total, nous avons perdu, sur ce plan-là, un peu de l’avance que nous avions sur d’autres traditions politiques.

Je ne vois pas en quoi il serait scandaleux, d’avoir des orientations majoritaires, des questions politiques qui restent en suspens, et des compromis en termes de plan de travail, pas seulement en interne mais s’agissant du combat environnemental, ou des libertés publiques.

L’actualité ne nous permet pas davantage que les tendances de fond de la société, le luxe d’un parti Vert qui se paralyserait lui-même et se mettrait hors jeu.

À la coupure actuelle entre la gauche et les couches populaires, au discrédit qui frappe la classe politique, à la crise de projet qui atteint jusqu’à l’idée même de changement, les Verts ne peuvent contribuer à trouver des réponses qu’en prenant une claire mesure du temps nécessaire : les gauches, la gauche et les écolos, la gauche (peu importent là, les termes employés), ne remonteront pas la pente en quelques mois, et ils ne pourront ni se contenter de dire : « on prend les mêmes et on recommence », ni s’en tenir à des proclamations de principe et des affichages de tribune !

C’est un travail de fond, sur le long terme, qu’il faut engager ! Pas en vase clos, pas seulement entre militants ! Mais en mobilisant tous ceux qui partagent l’idée du changement vers un modèle écologique de développement économique et social ! Avec tous ceux dont les réalisations quotidiennes et les combats anticipent sur les solutions de demain, et sur le nécessaire renouvellement des générations militantes.

Que chacun(e) donc à sa place, aves ses compétences et ses envies, prenne sa part du fardeau ! Que chacun(e) considère qu’il tient un bout de la solution, que des questions lourdes ne peuvent pas trouver de réponses rapides, qu’il est nécessaire de trouver un cadre efficace d’expérimentation et de confrontation. Il y aura dans les années à venir une prime à ceux qui sauront imaginer la manière, le style, de nouvelles formes de débat politique public ! Sachons ensemble relever le défi ! Et que l’esprit de sagesse soit avec nous !

Dominique Voynet


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