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Motion A - EP ! Ecologie populaire : Une énergie nouvelle pour l’ouverture et la transformation

jeudi 19 octobre 2006

L’Ecologie politique a dépassé le stade du témoignage, des dénonciations et de la mise en alerte. Faire entendre nos réponses suppose de cesser de voguer au gré des opportunités électorales et de construire un outil efficace, ouvert et militant, au service d’une stratégie de transformation.
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AG 2006 - Motion A, texte et signatures
EP ! Ecologie populaire : Une énergie nouvelle pour l’ouverture et la transformation (+erratum)

Un constat alarmant
Les Verts ont raté trois rendez-vous majeurs avec les classes populaires et la jeunesse, lors du référendum du 29 mai sur le TCE, de la révolte des banlieues et du printemps anti-CPE. Ils n’ont pas su en tirer les leçons.
Inaudible, incapable de créer un rapport de forces avec le PS faute d’ancrage dans la société, notre parti navigue à vue, tenté par une alliance politique avec des environnementalistes de droite, qui précipiterait une dérive centriste observable à l’échelle européenne. Il est urgent de réorienter notre stratégie et notre action, en affirmant le choix de l’écologie populaire.
La France connaît aujourd’hui une triple crise : crise sociale durable, crise du modèle républicain d’intégration, crise institutionnelle et de la représentation qui produisent l’exaspération et la fragilisation de la société, mais aussi son désir de se défendre et de s’emparer des questions qui la concernent.
Si la politique s’éloigne des citoyens, c’est le fait d’un système politique aux institutions fermées. Il n’y a pas un désintérêt pour le politique, le débat citoyen lors du référendum et les mobilisations autour de RESF en sont la preuve.
Au niveau international, l’hyperpuissance américaine prétend apporter la démocratie et le développement par la guerre en mettant en oeuvre la doctrine du choc des civilisations.
Afghanistan, Irak, Palestine et Liban : autant d’échecs pour une politique qui développe un apartheid social entre zones riches et pauvres, au Nord et au Sud.
Les crises environnementales, liées à l’exploitation sans limites des ressources de la planète, atteignent désormais un seuil de non-retour : changement climatique, hausse du prix de l’énergie, destruction de la biodiversité catastrophique pour l’existence même de l’humanité... Les premières victimes sont les classes populaires : ouvriers victimes de l’amiante, quartiers et zones rurales soumis aux pollutions et au bruit, aux risques naturels et industriels, aux maladies (cancer, saturnismes...) à la mal bouffe, pays du Sud dont les ressources sont pillées par les sociétés multinationales et transformés en poubelle du Nord... Crises sociales, avec aggravation du chômage et de la précarité, et crises environnementales sont les deux faces d’une même réalité nourrissant l’émergence de mouvements sociaux et d’un mouvement altermondialiste, expressions de la résistance au capitalisme.
Il est temps de relever ces défis et d’influencer durablement les politiques publiques, au-delà des domaines perçus comme nos champs de compétence privilégiés : nucléaire, énergies renouvelables, transports, biodiversité...

Réorienter l’écologie : vers l’écologie populaire
Le risque d’une dérive social-libérale, voire centriste, est présent, lié à nos stratégies d’alliances, mais aussi à la sociologie de notre parti et de notre électorat, constitué de classes moyennes à fort capital culturel.
Parce que la transformation sociale ne se fera qu’avec la participation des classes populaires, nous proposons de faire de la réappropriation de la politique par celles et ceux qui en sont le plus éloigné-e-s un axe déterminant.
Faire le choix de l’écologie populaire, c’est :

- opter pour le dépassement du capitalisme par la reconversion de la production dans un sens non productiviste, la relocalisation de l’activité, la redistribution des richesses et du temps, la maîtrise collective des biens communs, la transformation des rapports au travail.

- prioriser la lutte contre la pauvreté et la précarité (sécurisation des parcours) et pour la justice sociale et environnementale

- faire décroître l’empreinte écologique, grâce à la division par quatre de la consommation de l’énergie

- lutter contre toutes les discriminations et se battre pour l’égalité effective des droits. L’émancipation des populations discriminées ne peut se faire qu’avec leur participation, en inventant un nouveau vivre-ensemble respectueux de la liberté de conscience et de la diversité des individus, de leurs histoires, de leurs cultures

- lutter pour les droits des femmes, contre le temps partiel imposé et pour une loi cadre contre les violences

- lutter contre les relents du colonialisme en France et au niveau international (Françafrique, recolonisation du monde sous hégémonie US), notamment par les principes et les méthodes de la non-violence et l’intervention civile de paix

- s’investir dans le mouvement altermondialiste en s’inscrivant dans le cadre des forums sociaux ; comme alter-européen en demandant que le Parlement européen élu en en 2009 soit constituant

- développer des sphères d’autonomie déjà émergentes de l’économie sociale et solidaire

- démocratiser les institutions politiques (mandat unique, proportionnelle, vote des résidents étrangers, parité, représentativité sociologique...) ; développer les outils de démocratie participative.

Pour rééquilibrer la gauche : regrouper l’écologie de transformation, faire émerger une gauche anti-libérale, anti-productiviste, anti-discrimination
Les Verts ne doivent plus se comporter en forteresse assiégée. Nous proposons une démarche qui fixe comme priorité de regrouper l’ensemble des partisans de l’écologie de transformation : Verts, Alternatifs, altermondialistes, objecteurs de croissance, militant-e-s de l’éducation populaire, de banlieues, régionalistes ... Avec les environnementalistes des actions ponctuelles sont possibles, mais nous refusons toute alliance politique avec les « écologistes de droite ».
Les résultats du TCE comme les mobilisations contre le CPE ont montré l’existence d’une majorité antilibérale à gauche, et dans l’électorat vert, qui cherche un débouché politique.
Nous devons porter nos positions écologistes, anti-productivistes et anti-discrimination coeur de la gauche anti-libérale, notamment dans les Collectifs unitaires et les FSL. C’est l’une des conditions pour faire ainsi bouger les lignes à gauche, la rééquilibrer et pour sortir d’un tête-à-tête avec le PS.

Battre la droite en 2007 / 2008 et consolider le camp de l’écologie altermondialiste
Dans l’immédiat la priorité est de battre une droite sécuritaire, ultralibérale, qui avec Sarkozy s’alignera sur la politique extérieure de Bush.
Pour cela, confronté à une gauche où se mêlent social-libéralisme et productivisme, l’écologie politique doit faire entendre sa voix dans l’élection présidentielle et se faire l’écho des aspirations altermondialistes.
José Bové, soutenu par les Verts aurait pu en être le meilleur porteparole.
D’ailleurs si sa candidature se réalisait, sous peine de se retrouver en dehors de la réalité, les Verts devraient poser démocratiquement la question du maintien de leur stratégie présidentielle.
Nous ne voulons pas d’une gauche plurielle II, soumise au PS. Pour éviter cette impasse, des conditions sont nécessaires. Il faut obtenir des engagements clairs sur des points clés, notamment sur la sortie du nucléaire, la proportionnelle, les lois sécuritaires et liberticides, les OGM, les salaires, la régularisation des sans papiers, le droit de vote et d’éligibilité des étrangers et la 6ème République. Ces exigences traduisent les urgences environnementales, sociales et démocratiques et la volonté de rompre avec les logiques libérales et productivistes. A défaut, nous refuserons de participer à un gouvernement.
Entre 1997 et 2002, le PS a refusé la mise en place de la proportionnelle.
Alors qu’aujourd’hui, le PS préfère nous donner des strapontins au gouvernement, nous pensons que le poids de l’écologie politique dans la société doit se traduire par un groupe parlementaire vert.
Notre volonté de battre la droite doit s’accompagner d’une lisibilité et une crédibilité politiques fortes auprès de notre électorat.
Ainsi, nous proposerons la création de Comités citoyens de suivi de l’action gouvernementale qui permettront de s’assurer du respect des engagements pris.
Au lendemain des législatives, les Verts proposeront des rencontres décentralisées puis nationales de l’écologie et de la démocratie locale permettant la construction de convergences solidaires avec de nombreuses forces sociales.
Cette nouvelle stratégie rendra notre action plus cohérente et donc plus crédible. Elle nous aidera à mener des listes autonomes ouvertes lors des prochaines élections municipales qui seront le moment fort de notre redressement.

Privilégier l’ouverture du parti
Effectifs stagnants, électorat volatile, institutionnalisation, absence de stratégie claire, éloignement des couches populaires, fonctionnement bureaucratique et inefficace, notre parti est en crise. Cette crise n’est pas seulement due à une « mauvaise gouvernance » ou à des statuts inadaptés.
Elle est le produit d’une culture verte nombriliste privilégiant les enjeux internes où il s’agit de trancher d’abord un débat entre soi pour ensuite s’adresser à la population. Plutôt que d’un énième changement de direction ou de la sempiternelle réaffirmation de l’identité écologiste, l’organisation du parti doit être capable d’organiser des débats stratégiques et traduire un basculement des priorités dans l’action :

- s’ouvrir aux classes populaires en zones urbaine et rurale ; faire aux militantEs issuEs de ces milieux une large place dans le parti, tant aux postes de responsabilité interne que dans les mandats électifs ;

- développer un rapport de co-élaboration permanent avec la société ; être capable d’accueillir dans le parti les animateurs de mouvements sociaux ;

- garantir dès ces élections la parité et la diversité socio-culturelle des éluEs.
En Europe comme en France, le choix entre écologie d’accompagnement et écologie de transformation est à l’ordre du jour. Notre congrès doit en être un moment fondateur.
C’est l’occasion pour la gauche verte de se rassembler.


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