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Motion d’orientation

L’utopie, sinon rien.

Les Verts - Assemblée Fédérale 2002

dimanche 1er décembre 2002

Sortir des logiques mortifères, choisir l’espoir : un autre monde est possible.
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I - CHRONIQUE D’UNE DEFAITE ANNONCEE.

a)On vous l’avait bien dit !

La gauche plurielle, comme on le prévoyait dans la motion « Un accord, pas d"acc ! » à l ’automne 2001, a perdu les élections présidentielles et législatives, non du fait de la pertinence des propositions de la droite, mais pour avoir conduit une politique d’accompagnement du libéralisme et parce que l’électorat populaire et jeune s’est abstenu massivement, ne se reconnaissant pas dans un programme dont Jospin lui-même disait qu’il n’était pas socialiste.. Seul le PS a un peu réussi à sauver les meubles lors des législatives, surfant sur l’angoisse suscitée par la présence du FN au 2ème tour de la présidentielle, et appelant sans vergogne au vote utile à son seul profit, laminant tous ceux qui portaient un projet alternatif. Les abstentionnistes, eux, ont continué d’indiquer leur refus de ce système en boycottant les urnes.

Les dirigeants des Verts nous ont entraînés dans cette chute en maintenant le cap de la participation au gouvernement, se satisfaisant du bilan de Jospin, sans se donner la peine de conduire une analyse sérieuse de la situation politique et ne tenant aucun compte des signaux d’alarme : désarroi et départ d’anciens militants verts ; condamnations de syndicalistes paysans ; politique d’immigration et lois sécuritaires ; politique timorée sur les questions de société ( en particulier la légalisation du cannabis) ; taux de profit des entreprises et , dans le même temps, licenciements (Danone...)et délocalisations ; misère dans les quartiers à l’abandon ; renforcement du nucléaire ; poursuite des expérimentations OGM... Il nous fallait « un bon accord », nous ne devions pas descendre en dessous « d’un seuil d’exigences programmatiques » . « RIEN » n’a été obtenu et cela a pourtant suffi pour conclure un accord électoral et se partager des « circonscriptions gagnables » dont on sait qu’elles ont été perdues ; nous faisant payer au prix fort le vote utile et le rejet de la politique politicienne ; ancrant dans l’esprit des électeurs que les élections sont choses sérieuses, et qu’il est irresponsable de voter pour des candidatures alternatives qui plombent le score des candidats « respectables »...

b) Depuis le 21 avril , notre démocratie est un champ de ruines ...où certains tentent de faire pousser des miradors.

L’incapacité de la « gauche plurielle » de gouvernement à proposer un projet alternatif au libéralisme a mis au pouvoir une droite qui n’a plus aucune raison de se « gêner », faisant payant au prix fort la défaite à ceux qui étaient déjà les plus démunis.

Raffarin, c’est la France du bas... de laine, celle qui vit dans la crainte de ce qui est différent : jeunes, fumeurs de cannabis, toxicos, Macdophobes, Roqueforophiles, immigrés, sans papiers, sans logis, homos, locuteurs d’une langue minoritaire, « petits » partis... A l’international, on va assister à la poursuite de la politique dite « de l"autruche constipée » sur la Palestine, la Tchétchénie, le Kurdistan , le pays basque, le Tibet , la Birmanie... avec en parallèle l’aggravation du néocolonialisme économique, soit en direct, soit par le biais de nos grandes entreprises (TotalFinaElf, EDF, Aventis, Vivendi, Areva...) en Afrique et ailleurs.

 

II - PS et VERTS : NOS ROUTES DOIVENT SE SEPARER.

Ou pourquoi on est allé dans le mur... Et comment éviter d’y retourner ! Majorité des Verts et opposition interne « raisonnable » nous ont fait croire que l’on pouvait, sans rapport de force dans la société, sans l’appui des luttes, par notre seule participation à une coalition de gauche plurielle, et à un gouvernement « verrouillé » par le PS, peser sur les politiques mises en uvre...Il n’y a aucune chance que le PS nous indique un chemin qui sorte de sa démagogie et de son hégémonisme habituels, et qui soit un tant soit peu en harmonie avec notre projet. Nos chemins sont différents : l’un vise l’alternance sociale-démocrate (voire libérale), l’autre une alternative écologique et sociale.

Nos idées sont forcément minoritaires, car nous ne voulons pas amender le système existant aux marges, nous voulons changer de société, avec un projet encore largement à inventer, en participant à la mise en place de contre- pouvoirs, en ouvrant la porte aux projets alternatifs , en permettant aux citoyens de s’en saisir et de les mettre en oeuvre concrètement et par eux-mêmes. Cette rupture ne nous place pas dans le camp de ceux qui aspirent à gérer les institutions et l’économie libérale. C’est pour cela que la participation à des exécutifs, que le soutien à des majorités doivent être exceptionnels et limités, sur des objectifs qui ne peuvent être en contradiction avec notre projet et nos fondamentaux .

 

III - L’AUTONOMIE CONTRACTUELLE EST UN LEURRE. RETROUVONS L’UTOPIE, RENOUONS AVEC L’ESPRIT DE RESISTANCE !

a) L’autonomie contractuelle est un leurre. Elle a échoué alors que nous étions dans une situation bien plus favorable que maintenant . Les modifications des modes de scrutin qui sont actuellement en préparation (diminution de la part de proportionnelle, listes par régions pour les européennes, relèvement des seuils requis pour se maintenir au second tour et pour fusionner les listes) et qui prendront effet lors de prochaines échéances électorales (régionales , européennes et législatives) nous reposent avec acuité la question de notre représentation dans les institutions. Ces modifications, qui prennent comme prétexte hypocrite et comme épouvantail le danger du Front National, conduiront à une bipolarisation de fait de notre système politique, excluant de la représentation les minorités et les « petits » partis ; laissant tout le champ à l’UMP et à un PS qui n’aura plus besoin de nous, (et dont on attend en vain les protestations contre ce projet liberticide). Nous n’aurons, comme unique perspective, qu’une inféodation au PS. Car comment imaginer que le PS respectera un quelconque contrat alors que nous nous sommes mis , pieds et poings liés, entre ses mains en abandonnant le préalable de la proportionnelle ? Comment penser que nous serons plus capables demain de quitter une coalition, ou de lâcher des postes, alors même qu’ils seront extrêmement rares ? Cette stratégie nous a conduit au renoncement et à la dépendance, et nous amènera à disparaître dès lors que nous n’accepterons plus de jouer le jeu imposé par le PS. L’avenir des Verts, sans l’appui du mouvement social, sans la proportionnelle est là : satellisation ou absence de représentation. L’autonomie contractuelle est un leurre, une illusion confortable qui nous empêche de nous tourner vers d’autres perspectives, ô combien novatrices !

b) L’utopie ou la disparition.

Les Verts peuvent aujourd’hui renouer avec ce qui les a fait naître : utopies et résistances. Il n’y a pas de naïveté à vouloir changer le monde (chiche !) en s’appuyant sur des utopies. C’est pour elles qu’on agit, espère et crée. Ce sont elles qui font avancer le monde. C’est d’elles qu’émergera une alternative écologique et sociale.

Réaffirmons ce en quoi nous croyons : décroissance soutenable et conviviale, économie de coopération et de partage, société égalitaire hors de toute discrimination ou compétition, autogestion, fédéralisme, désarmement, sortie du nucléaire...C’est à partir des luttes de terrain, là où se créent les solidarités et les réseaux, que nous bâtirons les contre-pouvoirs qui régénèreront la vie démocratique. Nous aurons vocation à être les relais institutionnels de ces luttes , et non les gestionnaires du système en place.

Les Verts peuvent être l’un des « moteurs » d’un pôle de radicalité constructif et rebelle, imaginatif et ludique, rassemblant des écologistes, des alter-mondistes opposés au libéralisme économique, des « sans », des groupes d’action directe non-violente, des consommateurs, des paysans, des féministes, des régionalistes et des éco-citoyens, à l’écoute des minorités, qu’elles soient culturelles, sociales ou de genre. N’oublions pas nos origines écolo-libertaires !

 

IV- ET EN INTERNE, NOUS DIREZ-VOUS ? REFAISONS DONC DE LA POLITIQUE AUTREMENT !

Les Verts sont en voie de devenir un parti politique comme les autres : choix des candidats guidés par les sondages, les médias et l’unique ambition d’obtenir le meilleur score ; mise en place d’un cabinet occulte servant les ambitions de quelques leaders ; élus devenant des électrons libres plus préoccupés de leur réélection que du mouvement ; arrogance vis à vis des mouvements sociaux, des militants,et même des électeurs. C’est à une modification de nos comportements plus que de nos statuts que nous devons nous atteler. Les enjeux de la prochaine AG ne peuvent se résumer à « sortir les sortants » !Il nous faut inverser la tendance et redonner la priorité à ce qui a fait notre spécificité et notre force : les groupes locaux, les régions et les commissions, en leur répartissant l’essentiel du financement public sur la base de projets et d’actions. Il faut mutualiser les expériences, se doter d’une base de données performante et utilisable par les militants, créer une presse verte de qualité, créer une cellule juridique, bref inventer ! Une réforme du CE est à envisager, limitant le nombre de porte parole à deux, remettant au premier plan transparence ( y compris financière) et fonctionnement démocratique , dans le respect des statuts et des décisions des instances souveraines du mouvement.

Ensemble, nous saurons retrouver cette capacité d’émerveillement, cet esprit de révolte qui nous étaient spécifiques.

Un autre monde est possible, mais il nous faut le vouloir ici et maintenant !

Nous n’excluons pas de soutenir, à l’intérieur des Verts, en région comme au national, une majorité avec laquelle nous aurions une convergence d’analyse et de méthode et qui n’aurait pas pour seul projet et ambition de « sortir les sortants » pour finalement reconduire la même politique que ces derniers.


Contact ( pour signature du texte , ou pour infos) :

Kyra-Françoise MAS

62 Passage du Parc

73190 CHALLES LES EAUX.

Tel O4 79 72 75 62. Fax : 04 79 72 75 62.

Email : kfm1@libertysurf.fr


Attention

Texte présenté sous réserve de conformité aux règles de validation (10 000 caractères, blancs compris : signé par 30 adhérents de 5 régions différentes au moins )

Le secrétariat national tient à rappeler que les textes des motions d’orientation sont à l’initiative de leurs auteurs et ne sauraient, avant leur adoption, être considérés comme des positions officielles du mouvement.

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