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Les Verts - Assemblée Fédérale 2002

Singularités Vertes

Motion d’orientation

dimanche 1er décembre 2002

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Pour un projet écologiste

Il nous parait indispensable d’exprimer fortement le choix que notre parti va devoir impérativement effectuer dans les mois à venir entre :
- une reconstruction de la gauche (y compris avec sa variante d’extrême-gauche),
- un projet écologiste.

Il existe entre ces deux objectifs une distinction nécessaire, afin que l’AG dégage enfin une majorité claire et une minorité. Dans ce but, le débat de fond entre ces deux choix doit être engagé, en évitant le lissage consensuel des motions et la démagogie (jeuniste ou populiste). Il ne s’agit pas de camoufler la balkanisation supposée du mouvement, mais de clarifier nos orientations.

Pour notre part, nous tenons à affirmer la nécessité de :
- se réapproprier nos fondamentaux … sans fondamentalisme,
- mettre en œuvre un " réalisme écologiste ", loin des postures protestataires.

B. L’Ecologie Politique

Nos fondements prétendument acquis sont souvent niés par nos pratiques. Il est donc indispensable de rappeler des éléments majeurs de l’Ecologie Politique : critique de la croissance, remise en cause du rapport nature-culture…

La singularité écologiste

L’écologie n’a pas à être qualifiée par tel ou tel adjectif rassurant : écologie sociale, populaire, environnementale… Elle porte déjà en elle toutes ces caractéristiques. L’engagement contre le productivisme et la domination économique, le respect des équilibres naturels, la résolution non-violente des conflits, les échanges transnationaux équitables, la parité femme-homme, le refus du nucléaire, le combat contre toute discrimination, constituent les fondamentaux du projet écologiste.

Pendant 15 ans les Verts se sont construits sur les questions environnementales, aujourd’hui banalisées. Il convient à présent de s’articuler prioritairement autour des thématiques de la solidarité planétaire. Une génération entière nous attend sur ce thème pour reprendre confiance dans notre singularité politique.

L’écologie est culturelle

L’Ecologie Politique porte un regard neuf sur les relations des humains entre eux et au monde. Nous contestons la vieille opposition entre " nature " et " culture ", les deux étant au contraire indissociables.

La construction de cultures nombreuses en relations est l’acte premier qui fonde l’humain. Il est urgent de redonner à la culture sa place essentielle dans le champ politique.

Remise en cause du mythe de la croissance

L’Ecologie Politique remet en cause la notion de croissance (toujours plus), pour lui préférer celle de développement (la recherche du " mieux ", du " différent "…), ce dernier s’entendant tout autant dans un sens psychologique qu’économique. Les deux idéologies dominantes s’appuient sur une production centralisée des richesses. Celles-ci restent concentrées pour s’accroître dans un cas (le libéralisme) ou sont redistribuées plus ou moins bien (du marxisme à la social-démocratie). Les écologistes contestent cette concentration, même initiale, de la production des valeurs morales et des richesses. Ils proposent au contraire une production autonome, qui pourra s’appeler auto-développement dans le domaine économique, ou fédéralisme dans le domaine sociétal et institutionnel.

 

C. Autonomie et alliances : dépasser les archaïsmes idéologiques

Ni gauchistes, ni fondamentalistes

Utopistes lucides, nous voulons, à notre modeste échelle, contribuer à faire changer la société. Mais, pour ce faire, faut-il opposer le changement culturel et l’action institutionnelle ? L’Ecologie Politique ne saurait se réduire à l’introduction d’une dose d’écologie dans les politiques publiques.

Le terme d’écologisme n’a pas été choisi par hasard ni par complaisance environnementaliste, et il se distingue sans ambiguïté du marxisme comme du libéralisme. Se comporter en " écologistes de gauche " ne construit pas un projet nouveau, mais revient uniquement à amender à la marge un modèle dépassé.

Partenariats électoraux

Indéniablement, l’Ecologie Politique se distingue trop radicalement des pensées de la gauche traditionnelle pour que l’on puisse envisager une fusion, de quelque nature qu’elle soit, avec des partis de gauche. Nous nous opposons sans équivoqueaux projets de rassemblement organique de la gauche, qu’il s’agisse de sa version extrême ou social-libérale.

Ce qui se conçoit clairement se négocie clairement : des alliances électorales ne pourront être à l’ordre du jour que lorsque seront clarifiés le positionnement et les propositions portées par les Verts d’une part, et nos éventuels partenaires d’autre part.

Partenariats associatifs

La réflexion politique n’a de sens qu’en étant systématiquement confrontée à l’action. Nous entendons ici l’action immédiate, vécue et menée au quotidien, ce qui implique pour nous des partenariats multiples. D’ATTAC aux intermittents du spectacle, les partenaires logiques ne manquent pas. Mais les Verts ne sont pas une association, ils n’agissent pas de la même manière et ne peuvent faire " leurs " tous les slogans.

Une présence dans les institutions, un statut de l’élu

En tant que parti politique, il est légitime de parler alliances, élections, efficacité. Par leur participation au gouvernement, dans les conseils régionaux ou municipaux, les Verts ont pu et peuvent infléchir les politiques publiques, même modestement.

Il est évident que le travail des élus, à tous les niveaux de responsabilité, serait fortement facilité (y compris sur le plan psychologique) par l’existence d’un véritable statut de l’élu. Il conviendra d’y travailler prioritairement.

A. Bilan lacunaire

L’échec des OGM ne doit pas faire oublier l’arrêt de Superphénix ni la loi d’aménagement du territoire. Et l’Erika pointe essentiellement les lacunes des anciens ministres de l’intérieur et des transports - sans compter le Premier Ministre lui-même. C’est donc bien la majorité plurielle qui a échoué électoralement, suite notamment aux efforts du PS pour marginaliser les Verts. La gauche allemande, plus lucide, a su aussi bien donner aux Grünen des postes valorisant leur vision globale du monde que leur accorder la réalisation de points majeurs de leur programme.

Mais le PS n’est pas seul en cause dans l’échec français. La direction protéiforme des Verts est également responsable de n’avoir pas su organiser le parti. Comment faire confiance à ceux-là mêmes, majoritaires comme minoritaires, qui refusent de faire le bilan de leur gestion commune au sein de la direction ?

Il est nécessaire d’obtenir, non seulement des élus et des ministres, mais également des moyens pour qu’ils puissent peser sur les décisions à prendre. C’est sans doute dans cette articulation entre le fait brut (avoir des ministres) et son sens politique (peser sur les décisions) que notre récente participation gouvernementale a été mal pensée et mal mise en œuvre. Sous prétexte d’autonomie contractuelle, les orientations contradictoires qui nous traversent nous ont conduit à pratiquer son exact opposé : la fusion protestataire. Notre fonctionnement interne mérite bien des remises en cause !

D. Prendre le temps de réorganiser les Verts

Démocratie participative et responsabilité politique

Ni un renforcement de la pyramide ni un basisme politique démagogique ne résoudraient nos dysfonctionnements actuels.

L’élection du CNIR à la proportionnelle dans les régions et la règle de majorité à 60 % sont des fondamentaux démocratiques de notre mouvement. Représentant la diversité du mouvement et des régions, le CNIR pourra donner mandat à une majorité politique assumée : un CE majoritaire.

Par ailleurs, la pratique des Verts doit se décliner dans le respect scrupuleux de l’éthique, qui ne se résume pas à des déclarations d’intention.

Des commissions renforcées

Il est indispensable de placer les commissions au centre du fonctionnement du mouvement, par une participation obligatoire de chaque membre du CNIR à au moins une commission et par une implication directe du CE dans l’application de leurs orientations. Leurs moyens financiers doivent être également augmentés considérablement.

La communication, l’accueil-formation des adhérents

Avant de définir les outils, il est essentiel de définir ensemble les sujets de notre communication, sans réduire cette dernière à la presse ou au porte-parolat. Puisque le projet que nous portons se caractérise par une cohérence à travers les disciplines, il convient de relier systématiquement les sujets entre eux, afin d’identifier la cohérence de l’Ecologie Politique. Nous devrions être à l’opposé de l’image de " catalogue " qui nous caractérise hélas actuellement.

Les Verts sont actuellement un parti sans mémoire, dont chaque adhérent réinvente l’histoire à chaque instant ! Pourtant, la cohérence d’un groupe se fonde sur une culture commune, qui ne peut s’acquérir que par une présentation claire et sans complexe de son histoire et de ses valeurs. Jamais les Verts n’ont réellement appliqué cette évidence, malgré des déclarations d’intention récurrentes.

Un fédéralisme inscrit dans l’Europe

Les Verts réduisent trop souvent le fédéralisme à une juxtaposition de structures régionales, emboîtées dans une structure nationale. Pourtant, le terme de Conseil National Inter-Régional n’est pas anodin.

Au-delà, le fédéralisme implique un renforcement des régions et une ouverture forte sur l’Europe. Quelle est aujourd’hui la visibilité des Verts dans le cadre de la construction européenne ? Qui, en France et même chez les Verts, connaît l’articulation des dossiers entre les échelons régionaux, nationaux, européens et mondiaux en matière d’Ecologie Politique ?

Les orientations ébauchées ici nous apparaissent indispensables pour donner aux Verts les moyens d’une consolidation à la fois sur le fond (l’Ecologie Politique) et en tant que parti politique. Cette consolidation devra être la priorité des deux années à venir.


Contact :

Olivier PAGES - 103 avenue de la République - 75 011 PARIS Pour tout renseignement : Olivier Pagès au 06.84.81.41.90 ou olivier.pages@mairie-paris.fr


Attention

Texte présenté sous réserve de conformité aux règles de validation (10 000 caractères, blancs compris : signé par 30 adhérents de 5 régions différentes au moins )

Le secrétariat national tient à rappeler que les textes des motions d’orientation sont à l’initiative de leurs auteurs et ne sauraient, avant leur adoption, être considérés comme des positions officielles du mouvement.

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