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Rapport politique : Intervention de Yann Wehrling, Secrétaire national

CNIR des 18 et 19 mars 2006

jeudi 23 mars 2006

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Cher-e-s ami-e-s,

Vous venez de décider de changer l’ordre du jour du CNIR pour nous permettre à tous de rejoindre tout à l’heure à 14h, la manifestation contre le CPE. C’est un geste fort. Merci d’avoir confirmé ce voeu du CE. Agir ainsi n’est évidemment pas toujours sans difficulté, et nous devons toujours garder à l’esprit que notre vie interne ne doit jamais oublier ce qui se passe en dehors.

Notre présence tout à l’heure ne sera pas le premier témoignage de soutien, ni le dernier. Comme la plupart d’entre vous, je me suis rendu à des manifestations, ou dans des universités. Partout c’est la même détermination qui gonfle. Ce mouvement n’est pas seulement contre cette mesure gouvernementale, il est la manifestation d’un ras-le-bol... Ras le bol d’un gouvernement qui aligne provocations sur provocations. Car n’oublions pas la réforme des retraites, de l’assurance maladie, ou encore le clone du CPE que fut le CNE. C’est de tout cela dont les gens ont ras-le-bol. La remise en cause incessante et à jet continu de toutes les solidarités patiemment mise en place depuis au cours des dernières décennies est inacceptable.

Il nous faut combattre les discours qui disent que la mondialisation nous oblige à renoncer à tous nos droits. C’est évidemment faux. Ce sont juste des options politiques libérales et bien des pays européens démontrent qu’un modèle social peut être préservé. Encore une fois, plutôt que de tout déréglementer, agissons au plan européen pour qu’une protection sociale soit renforcée au niveau continental, et non pour que se détricote, pays par pays, les droits.

Il nous faut aussi combattre ceux qui distillent dans les facs que les étudiants ne seraient pas les premiers touchés par la précarité, ou encore que tout ayant été essayé en matière d’emploi des jeunes, pourquoi ne pas essayé le CPE. Je l’ai entendu, à Bordeaux, il y a quelques jours, de la bouche même d’un prof qui expliquait cela doctement à une salle d’étudiant de science po.

La mobilisation des jeunes dans toute la France, qui bouent de colère face à un gouvernement qui les insulte en leur expliquant que leur avenir c’est la précarité contractuelle, donne espoir à toutes celles et tous ceux qui croyaient que ce gouvernement allait pouvoir continuer à agir brutalement. Tous, qu’ils soient lycéens ou étudiants, ont dorénavant comme alternative le chômage ou le CPE. Car en réalité, les chiffres sont inquiétants : la massification de la précarité des jeunes salariés, ballottés de stages (souvent non rémunérés) en CDD, de chômage en job sans lendemain. Avec le CPE, il n’y aura pas plus de jeunes qui auront des emplois... simplement, ceux qui pouvaient espérer la stabilité d’un CDI n’auront que le CPE avec son cortège de peurs et d’inquiétudes au quotidien. Car le point clef de ce contrat, c’est le licenciement rapide et sans motifs, au mépris des conventions internationales sur le droit du travail. En terme clair, la conséquence directe de cela, c’est l’impossibilité de faire des projets et la crainte de se syndiquer. Comment un gouvernement ose-t-il parler de politique de l’emploi en sacrifiant toute une génération sur l’autel des revendications les plus libérales de son électorat.

Permettez-moi simplement d’ajouter que j’ai été informé par Fac Verte, aujourd’hui, que le ministère de l’éducation a maintenu les élections pour les CROUS alors que de très nombreuses FAC seront dans l’incapacité de procéder aux votes. Ceci est bien évidemment au profit des organisations étudiantes de droite car les étudiants de gauche sont aujourd’hui dans la rue et bloquent leurs universités.

Les présidents d’Université ont demandé au Premier ministre la suspension pendant 6 mois du CPE et de nouvelles discussions. Prenons garde à cela. Car dans 6 mois, l’année universitaire sera finie, et un semblant de discussion pour calmer et étouffer la mobilisation, et mieux imposer le contrat pendant l’été serait un leurre dans lequel personne ne doit tomber. C’est bien le retrait que le Premier ministre doit annoncer pour rassurer tous ceux qui vont manifester dans la rue tout à l’heure car nous sommes résolument opposé au principe que sous-tendent le CPE et le CNE : on n’augmente pas l’emploi en diminuant les droits.

Face à ce Contrat Premier Esclavage, les Verts veulent proposer en priorité d’étendre le droit aux 35 heures à l’ensemble des salariés, notamment ceux des PME, pour réduire les inégalités devant le temps de travail et favoriser les embauches compensatrices. Il faut également reprendre le mouvement de réduction du temps de travail vers les 32 heures. Le Contrat à durée indéterminée (CDI) doit rester la référence. Il faut soutenir un droit permanent à la formation qualifiante. Nous pensons également que la piste du soutien aux emplois d’utilité écologique et sociale est très prometteuse. Les emplois de demain sont ceux qui répondront aux enjeux de demain. En particulier, les Verts veulent soutenir le développement des emplois au service du lien social et de l’utilité écologique (bâtiment, énergies renouvelables, éco-activités...).

À côté de cette actualité brûlante, bien d’autres sujets ont attiré notre attention et je pourrais en faire une longue liste. Je n’en citerai que trois au risque d’en oublier beaucoup, mais le temps qui m’est donné est contraint

La lutte contre les OGM d’abord

Je voudrais rappeler ici notre plein et entier soutien aux faucheurs qui continuent d’être harcelés par la justice. Ainsi, Gilles Lemaire a eu la médiatique visite d’un huissier. La démonstration de soutien qui lui a été apportée par de très nombreux militants et élus montre à quel point ce combat nous tient à cœur, car il est symbolique de notre conception de l’intérêt général et du principe de précaution. Le droit est avec nous. Et nos recours, j’en suis sûr, nous donnerons raison. En attendant, c’est la solidarité qui doit jouer. Celle du parti bien sûr, mais aussi celle des individus qui, un peu partout, font et feront des gestes.

Autre sujet, de grande importance, l’eau.

Se déroule, en ce moment même, le quatrième forum mondial de l’eau, à Mexico. Le sujet est colossal car le principe d’une « eau potable pour tous », éternel objectif, est aujourd’hui de plus en plus menacé. Des millions de personnes n’ont aujourd’hui pas ou plus accès à l’eau potable. 40% de la population mondiale n’a qu’un accès restreint à l’eau. La consommation d’eau a été multipliée par 6 au vingtième siècle et dans 20 ans, avec 8 milliards d’êtres humains sur terre, les ressources disponibles par personne seront divisées par trois. Alors, une fois de plus, les efforts s’imposent, notamment de la part des pays riches. Il faut débloquer 40 milliards d’euros par an jusqu’en 2015 pour permettre à tout le monde un accès à l’eau. C’est le budget de la défense en France. À quoi est prêt notre pays dans cet effort ?

Et je ne peux m’empêcher de rappeler aussi que la France ne donne pas l’exemple. Alors que nous nous connaissons une sécheresse sévère, que les nappes ne se sont pas rechargées, la ministre de l’écologie en appelle au civisme des particuliers alors que de 70% de la ressource est prise par l’agriculture à qui on ne veut rien imposer. À quand l’interdiction de l’irrigation du maïs en été. On attend toujours !

Et enfin, la manifestation contre l’EPR qui aura lieu le 15 avril prochain à Cherbourg. Contre l’EPR bien sûr... mais contre le nucléaire en fait. Beaucoup de manifestants sont attendus pour dire que cet EPR n’est pas utile et coûteux. Alors que le pays n’en a pas besoin, le gouvernement se comporte comme un VRP du nucléaire car en réalité l’EPR n’est rien d’autre qu’un appartement témoin de l’industrie nucléaire française qui veut exporter une technologie énergétique pourtant impossible à généraliser à l’échelle de la planète. Nous irons massivement dire non à l’EPR, mais aussi redire que si les Français rejettent massivement les déchets près de chez eux ou encore les lignes THT, c’est bien le nucléaire qu’ils rejettent. À l’approche des échéances de 2007, il sera des plus utile que cette manifestation soit d’ampleur pour qu’elle pèse sur les choix et les débats électoraux. Cette mobilisation nous sera d’autant plus utile dans les discussions avec nos partenaires de gauche car, vous le savez tous, nous devons encore convaincre !

Après ce rapide tour d’horizon de quelques questions d’actualité, je me dois évidemment d’évoquer ici, notre propre actualité interne.

La campagne pour désigner notre candidate ou notre candidat à la présidentielle a commencé depuis le 14 février dernier. Vous le savez tous, ils sont 5. Jeudi soir, avait lieu la seconde réunion de présentation des candidats des Verts à la présidentielle à Toulouse, après Paris, lundi dernier.

Dans le paysage politique, nous commençons le bal les premiers. Les Verts ont choisi de se tenir prêt rapidement. C’est vrai pour la présidentielle, c’est vrai pour le programme. Car nous n’aurons pas trop des quelques mois qui nous séparent des échéances de 2007 pour battre la campagne et marteler nos idées.

Bien sûr, la présidentielle n’est pas une élection aimée des verts ? Personnalisation à outrance et effacement de la couleur politique au profit de la couleur des yeux des candidats ! Un pouvoir trop important détenu par un seul homme au détriment de certains ministres et surtout au détriment du Parlement, ... et puis, un calendrier qui fut jadis inversé et qui fait de la présidentielle et non les législatives, l’élection majeure au plan national.

Mais ce qui fait la force des Verts, c’est notre projet. Nous l’avons défendu sans relâche à tous les scrutins. Peu à peu, l’écologie politique, dans toute sa nuance, est de mieux en mieux comprise. C’est pour cela que nous irons à la présidentielle, aux législatives, aux municipales et tous les scrutins qui suivront.

Car évidemment, je ne veux pas faire l’impasse sur cette fréquente interpellation qui nous est faite : Pourquoi présenter un candidat vert ?

Au regard de ce que je viens de dire sur la prééminence du projet, Si nous devions encore nous poser la question de savoir pourquoi nous devons présenter un candidat, cela reviendrait à se demander pourquoi nous sommes tous dans ce parti ? :

Pourquoi aurions-nous fondé ce parti il y a plus de 20 ans ? Serait-ce pour oublier, maintenant, que nos idées sont les bonnes. Elles n’ont d’ailleurs jamais été aussi partagées par nos concitoyens ? Les réalités confirment nos analyses depuis plus de 30 ans. Jamais l’écologie politique n’a eu à ce point besoin d’être présente à cette échéance qui est, qu’on l’apprécie ou non, structurante de la vie politique française. Alors, je veux le dire sans lyrisme : « les Verts c’est bien ». Nous sommes peut-être un des rares partis à proposer de vraies idées nouvelles. Pour l’heure, c’est bien d’audace dont a besoin notre pays pour relever les défis environnementaux et sociaux. Voyez-vous autant d’audace ailleurs que chez nous ? Alors, si la présence au premier tour de la présidentielle devait se mesurer à l’originalité du projet politique, les Verts sont parmi les rares à pouvoir prétendre à entrer dans la course !

En conséquence de quoi, pour le premier tour, nous n’avons pas besoin de chercher l’homme ou la femme providentielle pour défendre un projet qui n’est pas le nôtre.

Je sais néanmoins que certains parmi nous ne partagent pas cette option de présenter un candidat vert à la présidentielle. Du débat sur ce point, il y en a déjà. La question revient dans chaque meeting de présentation des candidats et ils y répondent sans faux-fuyant. L’un d’entre eux a même fondé sa candidature pour susciter un débat sur l’idée de primaire. Aujourd’hui, et au cours de ce week-end, cette assemblée qui est notre instance nationale de débat, ne manquera pas d’y revenir. Le CE en débat régulièrement. Une demande de référendum a été lancée. Alors à ceux qui disent qu’on n’en discute pas, je crois que c’est un peu exagéré de dire cela. Mais la réalité, celle que je me dois de défendre et mettre en application, c’est celle que le parti a décidé très clairement et très majoritairement, à Reims, et confirmé au CNIR de juin 2005. Je reste donc persuadé que si nous avons voté à l’AG, à plus de 90%, que nous allions présenter un candidat vert, et que ce choix a été confirmé par une très large majorité à chaque fois que la question a été posée, j’ai un vague doute sur un avis contraire du mouvement aujourd’hui !

La convergence de vue que nous avons avec les organisations syndicales et de jeunesse sur le CPE, nous la partageons également avec toute la gauche. La construction d’une alternative à la droite en 2007, que nous appelons de nos voeux, si elle ne peut se limiter à des manifestations d’opposition, elle ne peut non plus s’en passer.

Depuis le dernier CNIR, nous avons également avancé sur les discussions avec les partis de gauche. Aussi difficiles que furent les préparatifs de la réunion du 8 février, il n’y a pour notre part aucun double jeu. Notre stratégie est claire : engager les discussions pour faire gagner la gauche et les Verts en 2007, mais faire tout notre possible pour que cette victoire ne soit pas hypothéquée par d’artificielles divisions d’une gauche contre une autre, alors que la gauche, nous le répétons partout est multiple. Dans l’intervention que je faisais au nom des Verts lors de la réunion du 8 février, je refusais l’idée de deux gauches et j’ai insisté pour dire qu’il y avait des gauches. C’est cette diversité à gauche qu’il faut faire vivre dans les mois avenir, non pour justifier des divisions, mais pour nourrir un projet qui ne soit pas celui d’un seul parti, mais d’une gauche composée de plusieurs partis, riche et inventive grâce, précisément, à sa diversité.

Bien sûr, il faut rester prudent. Chaque parti cherche à faire valoir son identité et son poids. Il arrive même que certains continuent assez inutilement à vouloir être rassembleur pour tous. Or, il n y aura de rassemblement que dans le respect les uns des autres. C’est la raison pour laquelle nous continuons d’insister auprès de nos partenaires pour que la marque de fabrique de nos initiatives soit, à tout moment le multipartisme et la co-organisation dans les initiatives communes.

Répondre ensemble aux mesures gouvernementales, débattre ensemble lors de forums nationaux et locaux, c’est une première réponse que nous mettons en œuvre depuis le 8 février. Mais il faut bien entendu aller plus loin. Il faut un troisième niveau d’engagement dans la discussion. Dès le lendemain de ce CNIR qui aura adopté le projet des Verts pour la mandature 2007-2012, la négociation électorale et programmatique devra démarrer, avec tous ceux qui le veulent à gauche. Nous la proposerons à nos partenaires dès lundi.

Mais place maintenant au débat, et rendez-vous donc, tout à l’heure, à la sortie du CNIR pour aller ensemble au départ de la manifestation, à Denfert Rochereau.

Je vous remercie.

Yann Wehrling

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