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Conférence de l’OMC à Hong Kong

vendredi 16 décembre 2005

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Contributions de Danielle Auroi et Catherine Grèze

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Hong Kong 16 décembre 2005

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OMC à Hong Kong : premières impressions, drôle d’endroit pour une rencontre ?

Par Danielle Auroi

Nous voici au 4ème jour des négociations de l’OMC dans un épais brouillard qui vaut bien le smog planant sur la ville.

Avoir choisi Hong Kong pour ces négociations est tout compte fait hautement symbolique des contradictions d’une organisation qui prétend pouvoir faire le bonheur du plus grand nombre par la seule régulation du marché mondialisé.

Cet étrange lieu est selon un parlementaire suédois l’exemple même de la réussite commerciale. Pourtant , cette fourmilière humaine, premier port du monde, où les centres commerciaux les plus luxueux se touchent, n’arrive pas à masquer le prix que paye la majorité des habitants pour cette vitrine de la consommation triomphante. La pollution de l’air est telle que nombre de personnes ne se déplacent pas sans masque filtrant, le bruit est incessant. Comme pendant la période de la colonisation anglaise, la plupart des habitants n’ont pas le droit de vote (moins d’un million d’électeurs sur plus de 7). La démocratie n’est donc pas plus avancée ici qu’en Chine continentale.

Dans cet univers de buildings, le sujet qui est sur toutes les lèvres est l’agriculture.

Le paquet agricole doit être sorti de l’OMC scandent les manifestants, au premier rang desquels les paysans coréens crient leur misère et leur désespoir loin des lieux aseptisés et hyper-protégés où se déroulent les meetings des ONG accréditées et encore plus loin des négociateurs réunis autour de Pascal Lamy. Ce dernier d’ailleurs, brocarde joyeusement lesdites ONG, dont certaines, selon lui, bénéficient d’un budget supérieur à celui de l’OMC. Même si cette affirmation est outrancière, M. Lamy devrait se demander pourquoi le secteur caritatif a besoin de sommes si importantes pour corriger, à la marge, la misère du monde.

Cela dit, officiellement, les négociations piétinent et on nous rebat les oreilles sur le fait qu’elles ne peuvent qu’échouer. N’est ce pas de l’intoxication organisée ?

Ce que nous apprenons de la réalité, nous fait craindre un accord..En effet, le Brésil et l’Inde nous paraissent avoir basculé du côté des USA et de l’Europe, la Chine se tait et les pays pauvres se retrouvent isolés. Par ailleurs, le « paquet services » est lui aussi ouvert et c’est là que se trouvent les risques d’ouverture au marché de la propriété intellectuelle, de la santé, de l’éducation...

Un agenda spécifique destiné à protéger les pays les plus pauvres est bien sur la table mais les propositions sont si faibles qu’elles ne corrigeront pas, même à la marge les discriminations dont souffrent les populations de ces pays. Nous, les Verts présents à Hong Kong multiplions rencontres et activités pour un dialogue fructueux avec les ONG ; Nos parlementaires européens Marie Hélène Aubert et Alain Lipietz font le lien avec la partie officielle et les tables rondes que nous avons organisées. Avec leurs autres collègues européens , ils ont animé un débat sur « Le Delta des Perles et son avenir » . Les intervenants chinois nous ont ainsi appris que nombre de mouvements populaires, le plus souvent paysans, organisés hors des syndicats qui eux sont liés au pouvoir en place, sont régulièrement réprimés dans le sang, sans que la presse en fasse écho. Les conditions de vie et de travail se sont pourtant largement dégradées dans cette région depuis 20 ans, les maladies professionnelles se multipliant : intoxication par le cadmium des ouvriers du secteur de la bijouterie, intoxication au plomb de toute la population des villes spécialisées dans le stockage et le démontage des appareils électroniques

Il reste encore 2 jours de négociations, échoueront-elles totalement, ce qui nous paraitrait la moins pire des solutions, nous qui défilons dans les manifestations avec le slogan « Pas à Hong Kong plutôt qu’un mauvais accord », ou bien sortira t’il un accord minima qui se fera alors sur le dos de tous les peuples du monde ?

Danielle Auroi, Déléguée à l’Europe et aux politiques régionales


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Hong Kong 16 décembre 2005

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Hong Kong fer de lance du capitalisme ... mais ou est donc la Chine communiste ?

Par Catherine Grèze, Global Green Coordination

Hong Kong est le 1er port mondial... Hamburg et Rotterdam font pâle figure devant ce géant où se déroulent les négociations sur l’OMC. La Chine reste « muette », observe, regarde mais finalement depuis son entrée il y a 4 ans dans l’Organisation Mondiale du Commerce, se révèle le pays le plus conservateur...et le Président Mao doit se retourner dans sa tombe : l’heure de l’économie de marché est bien là...

La Chine est entrée dans l’ère du développement accéléré. Sa compétitivité sur l’ensemble des marchés, si elle impressionne et fait peur en même temps a surtout un coût. Elle se fait au prix d’un intense contrôle social : répression de toute forme de grève ou de mobilisation sociale, heures de travail frisant les 15 heures par jour, couverture sociale à minima, massif exode rural. Elle se fait au prix de conditions de travail ayant des conséquences dramatiques sur la santé de la population : SRAS, sécurité alimentaire, contamination au plomb, cancers, accidents du travail... Mais son développement et sa compétitivité ont aussi un coût environnemental. Si le modèle de développement de l’économie de marché n’est pas nouveau, il prend avec la Chine, du fait de sa taille, une dimension démesurée : la consommation énergétique, le besoin en ressources naturelles s’accélère.

La relation entre la Chine et l’Amérique Latine en termes commerciaux illustre particulièrement ce point. L’implication de l’entrée de la Chine dans l’OMC a des conséquences dramatiques pour l’Amérique Latine mais aussi pour l’ensemble de la planète. Toutes les courbes de l’économiste Xing Min Yi, se résument en une ligne : la Chine sera le premier exportateur mondial en 2008, non pas tant dans le domaine du textile dont on parle aujourd’hui et qu’elle laissera volontiers à l’Europe, l’Inde ou le Pakistan, mais dans le domaine des nouvelles technologies ... les contrats de type Airbus avec transfert de technologie aidant... Aux Etats-Unis, les importations chinoises ont remplacé massivement en 5 ans celles en provenance du Mexique et du reste de l’Amérique Latine : les conséquences pour ce sub-continent commencent à se faire sentir de manière dramatique : toute « compétition » est impossible du fait de la taille même de la Chine. Ce développement se fait dans le plus grand intérêt à court terme du monde occidental : en 2004 : 508941 entreprises étrangères se sont installées sur le sol Chinois... pour re-exporter vers leur pays d’origine des produits fait à bas prix. Mais la différence entre la Chine et les autres marchés est qu’elle investit massivement dans l’éducation, dans la recherche pour intégrer le transfert technologique... Le coût social entraîne déjà 150 millions de personnes sans travail et l’enjeu pour éviter des troubles sociaux majeurs est de créer 8 millions d’emplois annuels... Le deuxième problème majeur est bien sûr l’accès aux ressources naturelles, à l’énergie... Le Brésil, qui politiquement regarde le développement Chinois de manière positive pour contrecarrer l’unilatéralisme des Etats-Unis, commence déjà à mesurer les conséquences de ce modèle qui finalement rappelle le modèle colonial du passé : exportation massive de produits agricoles et de ressources énergétiques, importations massives de produits manufacturés. L’exemple du Chili est encore plus caricatural : 97 % de ses exportations vers la Chine se décomposent en Cuivre, cellulose et farine animale, 99 % de ses importations en produits manufacturés.

Si les citoyens Chinois ont bien évidemment droit à un niveau de vie décent, le modèle de développement capitaliste que met en œuvre si « brillamment » et si rapidement la Chine, sous la pression des intérêts occidentaux à produire des biens manufacturés à coûts réduits, n’est simplement pas soutenable pour la planète.

La Chine achète un ou deux produits par pays en Amérique Latine, entraînant une monoculture massive dans chacun des pays et fragilisant ainsi totalement l’équilibre en place. Ainsi le Brésil développe massivement la culture du soja et vend bois et minéraux. La radicalisation de ce modèle, sous la poussée de la demande en ressources naturelles, pourrait pousser le Brésil à développer les biocarburants : or pour 20 % de la consommation en carburant de la Chine, il faudrait cultiver 20 millions d’hectares de canne à sucre... (le Brésil, Amazonie incluse compte 50 millions d’hectares...) L’impact en demande énergétique est tout simplement dément.

La Fondation Heinrich Boell et les Verts Européens organisent en marge des négociations une série de forums, pour tenter d’apporter des réponses : comment être plus efficaces ? comment imposer des négociations globales où l’on examine pas le climat à Montréal, les droits de l’homme à Genève et le commerce à Hong Kong ? Comment imposer que soient pris en compte les critères sociaux et environnementaux alors que les délégués officiels à l’OMC n’ont que faire de 250.000 manifestants qui défilent pour la démocratie à Hong Kong, où, à quelques dizaines de kilomètres de là, de villageois fusillés par la police alors qu’ils réclamaient des compensation pour l’évacuation de leurs terres ?

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Claudia Roth Présidente des Verts Allemands résume assez bien notre rôle : soutenir en Chine les mouvements pour la démocratie, faire pression partout où nous le pouvons pour un débat global...

Les Verts Mondiaux, quand à eux, se rencontrent également en parallèle aux négociations pour donner du contenu politique à leur prochain Congrès Mondial...

Catherine Grèze, Global Green Coordination

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