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Marche pour la décroissance

Contribution de Stéphane Poli

lundi 11 juillet 2005

En tant que membre du Collège Exécutif, j’ai eu l’honneur de représenter les Verts à la marche pour la décroissance le samedi 2 et dimanche 3 juillet de Nevers à Magny-Cours. Notre arrivée à Magny-Cours a eu lieu pendant le grand prix de France de Formule 1, ultime symbole de tous les gaspillages.

Parmi les personnalités présentes, citons Paul Ariès, José Bové, Albert Jacquard et Serge Latouche...

Voici la contribution que j’ai faite à l’occasion de cette marche. Bonne lecture.

Stéphane Poli

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Marche pour la décroissance

Une nouvelle vision du monde

Avec son rapport "les limites de la croissance" publié en 1972, le club de Rome, groupe d’experts et de futurologues de réputation mondiale, interpellait l’ensemble de la communauté internationale sur les dangers que présentait le développement incontrôlé de notre société industrielle :

- la perspective d’épuisement des ressources naturelles à une échelle mondiale

- mais aussi la menace suscitée par l’explosion de vastes mégapoles déshumanisées partout dans le monde

Le début des années 70 marque également l’émergence d’une nouvelle forme de pensée politique, une pensée se fondant sur une nouvelle vision du monde, une pensée hérétique remettant en cause les dogmes établis de la pensée unique.

Cette pensée invite à la sobriété alors que notre société se fonde sur le pacte suicidaire d’une expansion sans limites. Elle invite au respect de la nature alors que les logiques industrielles conduisent à l’exploitation sans vergogne des ressources de la Terre. Elle invite au partage alors qu’une minorité des habitants de notre planète consomme l’essentiel des ressources mondiales...

Si nous sommes réunis aujourd’hui pour cette marche en faveur de la décroissance, c’est parce que nous partageons pour l’essentiel ces valeurs et cette vision du monde.

Pourtant, 30 ans après l’appel du Club de Rome et malgré l’émergence de cette nouvelle pensée politique, tant reste à faire.

En 2002, lors du Sommet de Johannesburg, une étude du WWF révèle au grand jour ce que beaucoup d’entre nous savait ; si tous les habitants de la Terre devaient adopter le modèle consumériste américain, il nous faudrait consommer l’équivalent des ressources naturelles de trois à quatre planètes...

Et aujourd’hui, malgré les premières mises en garde consécutives au choc pétrolier des années 70, nous voici au pieds du mur ; les pays de l’OPEP sont sur le point d’atteindre leur maximum de production et les cours du pétrole flambent sur les marchés mondiaux.

Pour 2006, dans 10 ans ? dans 20 ans ? Les spéculations vont bon train pour savoir quand la demande en pétrole dépassera l’offre... et ceci de façon irréversible plongeant l’humanité dans une ère nouvelle pleine d’incertitudes.

Si notre société ne fait pas aujourd’hui le choix librement consenti d’une décroissance maîtrisée, le réveil sera brutal, car que cela nous plaise ou non, cette décroissance aura bien lieu que ce soit dans 10, 20, voire 30 ans...

Si celle-ci a lieu uniquement sous l’effet de la contrainte, l’humanité peut s’attendre à vivre une des périodes les plus sombres de son histoire ; les guerres pour l’accès aux ressources vitales se multiplieront...

Pour l’or noir, nous en avons déjà eu un premier aperçu avec l’Irak et nous en aurons très certainement un autre demain avec l’Iran. Et n’oublions pas non plus l’or bleu avec la multiplication des conflits pour l’accès à l’eau partout dans le monde.

Mais si nous sommes tous convaincus ici du bien fondé de la décroissance consentie, nous pouvons mesurer toute la distance qu’il nous reste à parcourir pour convaincre l’immense majorité de nos concitoyens de nous rejoindre sur cette question...

Nous le savons tous ici, il nous faudra user de pédagogie pour convaincre encore et encore... car ne l’oublions pas, l’immense majorité de la population est soumise aux tapages des slogans publicitaires et aux sirènes du recours facile au crédit à la consommation.

Mais se limiter au seul thème de la décroissance ne suffit pas. Faire émerger une nouvelle vision du monde, c’est s’attaquer aux choix culturels fondamentaux sur lesquels repose notre société productiviste ;

- s’attaquer au culte du scientisme, véritable religion des temps modernes, qui considère toute nouvelle technologie quelle qu’elle soit comme salvatrice... un culte qui défie la science et la raison elles même en hésitant pas, par exemple, à affirmer religieusement que les OGM permettront de résoudre la faim dans le monde

- s’attaquer également à l’explosion des mobilités, mobilités toujours présentées comme vertueuses sans jamais s’interroger :

  • sur leurs coûts énergétiques et écologiques
  • si celles-ci ne s’effectuent pas davantage sous la contrainte plutôt que le libre choix
  • et si elles ne sont pas non plus facteur de fragmentation et d’atomisation sociale

- c’est aussi remettre en cause cette course folle au gigantisme, ce gigantisme déshumanisant qui éloigne toujours plus les citoyens des lieux de décision et de pouvoir comme l’illustre à merveille la mondialisation...

Mais opter pour la décroissance, c’est également refuser cette vision du monde réduisant l’être humain à être un simple rouage de l’économie, producteur ou consommateur, soumis à la dictature de l’horloge et l’infernale compression du temps...

Nous devons considérer l’individu dans sa globalité, un être sensible et fragile doué de raison avec sa part d’irrationalité ; ses rêves, sa dimension affective, ses aspirations à l’art, la culture, la beauté, sa sensibilité, sa spiritualité, tout ce qui fait son humanité.

Cette marche pour la décroissance marque une nouvelle étape dans l’émergence de cette nouvelle vision du monde, une nouvelle étape pour l’émergence d’un nouveau projet de société respectueux de l’être humain et de la nature.

Ce projet, il nous reste tous ensemble à le construire.

Alors formulons un vœu : que ce rêve d’aujourd’hui devienne la réalité de demain.

Mais nous le savons tous, pour y parvenir, la route est encore longue. Aussi nous aurons encore besoin de rééditer des marches comme celle d’aujourd’hui.

Stéphane Poli, Délégué à l’Environnement

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