Archives des Verts français Archives des Verts français

Rencontre entre les Verts et Leyla Zana

Au secrétariat national des Verts le 15 décembre 2004

lundi 20 décembre 2004

C’est l’une des figures les plus marquantes de l’histoire contemporaine que les Verts ont reçue mercredi 15 décembre au secrétariat national. Leyla Zana, première femme kurde élue au Parlement turc en 1991, était prisonnière politique à Ankara depuis mars 1994 et n’a été libérée sous la pression internationale que le 8 juin dernier, après dix ans de détention. Elle était accompagnée de M. Orhan Dogan, l’un des trois députés kurdes - avec MM. Hatip Dicle et Selim Sadak - qui avaient été élus puis emprisonnés et libérés en même temps qu’elle.
Envoyer à un ami
Version imprimable de cet article

Leyla Zana avait reçu dès 1995 au fond de sa geôle le prix Sakharov délivré par le Parlement européen aux plus éminents défenseurs des droits de l’Homme, mais n’a pu venir le recevoir à Bruxelles que le 14 octobre dernier. La Turquie, qui vient d’obtenir l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Union Européenne, savait que la libération de Leyla Zana et de ses compagnons était une condition impérative.

JPEG - 20 ko

De gauche à droite : Khedidja Bourcart, Gilles Lemaire, Constantin Fedorovsky, Leyla Zana, Sergio Coronado, Patrick Farbiaz, Orhan Dogan

Le crime de Leyla Zana et de ses amis ? Lors de son entrée au Parlement en 1991, après avoir prêté serment en turc, elle s’est exprimée en kurde pour appeler à la fraternité kurdo-turque. « Séparatiste « , « traître », « arrêtez là », « qu’on la pende » s’écrient de confraternels collègues turcs... Surtout, elles et ses amis n’ont de cesse de promouvoir la cause du peuple kurde, de militer pour la reconnaissance de ses droits de façon pacifique (jamais aucun appel à la violence de leur part n’a pu être trouvé). Ceci dans une Turquie dominée par l’idéologie kémaliste qui dénie toute identité spécifique au peuple Kurde, à une époque où le conflit entre l’armée turque et le PKK bat son plein. Un temps protégés par leur immunité parlementaire, Leyla Zana et ses compagnons voient celle-ci levée en mars 1994 à la demande du premier ministre de l’époque, Mme Tançu Ciller, dans un Parlement encerclé par l’armée. Immédiatement arrêtés, détenus arbitrairement, ils sont condamnés en décembre 1994 par la Cour de sûreté de l’Etat à 15 ans de prison (le procureur avait demandé la peine de mort) pour une prétendue appartenance au PKK, au terme d’un procès inique. Leyla Zana devient dès lors l’un des plus célèbres prisonniers politiques du monde et le symbole national et international de la lutte du peuple kurde. C’est dans une liesse indescriptible qu’elle est libérée avec ses compagnons le 8 juin à Ankara.

Affaiblis physiquement par leur longue détention, Leyla Zana et Orhan Dogan ont gardé toute leur vivacité d’esprit et leur détermination. Ils ont été reçus par Gilles Lemaire, secrétaire national, Sergio Coronado, membre du Collège Exécutif, Patrick Farbiaz, animateur de la Commission Transnationale, Khedidja Bourcart, adjointe au maire de Paris et Constantin Fedorovsky, assistant aux relations internationales. Ce fut une rencontre courte et fraternelle, Leyla Zana se réjouissant d’emblée d’être chez des amis qu’elle n’aurait pas à convaincre (contrairement à beaucoup de ses interlocuteurs), tant sur la nécessaire reconnaissance des droits du peuple kurde que sur la nécessaire ouverture des négociations d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, ou que sur les conditions à remplir par la Turquie pour que ces négociations aboutissent. L’immense majorité du peuple kurde de Turquie est en effet favorable, tout comme les Verts, à l’ouverture des négociations d’adhésion, à charge pour la Turquie de continuer ses réformes démocratiques - en veillant à leur application - pour abolir la torture, mieux respecter les droits de l’Homme et de la Femme, les droits du peuple Kurde, les droits des minorités et les droits syndicaux, ainsi que pour renforcer la démocratie pluraliste et l’Etat de droit laïc en vue de rencontrer pleinement les acquis communautaires.

Sergio Coronado a demandé ce que les Verts pouvaient faire pour appuyer davantage encore le combat de Leyla Zana. Elle a répondu qu’il s’agissait de sensibiliser toujours plus l’opinion publique aux aspirations du peuple Kurde, que c’était là sa mission car « le Moyen-Orient ne peut pas prendre en charge un deuxième conflit israélo-palestinien ». Pour elle, ce qui compte, c’est « l’opinion publique là-bas et ici » car « si on confie tout aux politiques, ils peuvent détruire la nature entière ».

Sergio Coronado a indiqué à Leyla Zana que le référendum sur l’adhésion de la Turquie à l’UE était loin d’être gagné en France, les Verts étant isolés dans leur attitude favorable, l’UMP et le PS ayant une attitude mitigée et de nombreux chrétiens-démocrates étant défavorables, sur un fond latent d’exploitation des sentiments xénophobes ou d’hostilité au monde musulman. Il a précisé que nous aurons besoin de Leyla Zana et de sa bonne image pour convaincre l’opinion publique des bienfaits d’une possible adhésion de la Turquie à l’UE, tant pour l’Europe que pour la Turquie, pour et peuple Kurde et pour le Moyen-Orient.

Patrick Farbiaz a demandé à Leyla Zana dans quel cadre elle comptait mener désormais son combat, car le mouvement national kurde apparaît divisé entre plusieurs groupes dont certains ont une tradition organisationelle qui reflète moins bien que Leyla Zana le combat du peuple Kurde. Leyla Zana a répondu qu’effectivement beaucoup d’organisations, de centres, d’instituts prétendent représenter le peuple Kurde alors qu’ils n’en représentent qu’une partie, qu’il s’agissait donc d’organiser une réunion pour trouver une synthèse entre toutes les sensibilités (au moins pour les Kurdes de Turquie), synthèse qui ne devrait pas, selon elle, être trop difficile à trouver. Elle a précisé qu’elle travaillait à la constitution d’un Mouvement de la société démocratique qui serait un mouvement de la société civile avec une vocation à se transformer en parti.

Compte rendu de Constantin Fedorovsky

Top
Plan du site | Site réalisé par Oizoo avec SPIP | SPIP
EELV - 6 rue Chaudron - 75010 - Paris - Tél. 01 53 19 53 19