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Contribution au débat

Analyser (introduction à la motion ponctuelle « Anticiper »

Extrait de la Tribune des Verts no.15, pp.80-81

jeudi 28 octobre 2004

A la fin du 20e siècle, dans nos sociétés européennes, la vie individuelle semblait prendre son temps. Chaque matin nous laissait imaginer les projets, les actions, les joies et les peines qui se déploieraient pendant la journée. Nous supposions que demain il en serait de même pour nous et nos enfants, en mieux peut-être, malgré les difficultés économiques et sociales.
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Nous avions de l’eau pour boire. Nous n’y faisions plus attention. L’eau coulait, claire et rafraîchissante. Nous achetions ce qu’il fallait pour manger. N’avions-nous pas été au marché du samedi butiner le long des étals ? Nous préparions le repas à notre goût, en évitant les produits transgéniques ou pollués par les pesticides.
Nous aimions les voyages. Ceux que nous faisions quand nous en avions les moyens et la disponibilité. Comme ceux dont nous rêvions devant les panneaux publicitaires ou l’écran de la télévision. Nous avions l’impression que le monde entier nous était accessible. Nous prenions le temps de vivre.
Aujourd’hui, le temps n’est plus de notre côté. Chaque jour qui passe nous rapproche d’un choc imminent que nous ignorons : la fin de l’ère séculaire des hydrocarbures bon marché. Comme vous, nous fûmes incrédules, voire sidérés qu’une telle problématique, apparemment étroite, puisse à elle seule avoir bientôt des conséquences dévastatrices dans tous les domaines, sur tous les continents. Pourtant, notre analyse conduit à penser que ce ne sera pas un simple choc pétrolier, ce sera la fin du monde tel que nous le connaissons.
Ce choc nouveau, dont nous percevons les prémisses, provient de la coïncidence, sur quelques années, de trois situations inédites :
1) Géologique : le déclin définitif de la production de pétrole. Même si des controverses et des incertitudes existent sur la date du pic de production (2006 ? 2008 ? 2010 ?), négliger son advenue proche nous paraît irresponsable.
2) Economique : l’excès structurel de la demande mondiale sur l’offre de pétrole. Les cours du baril grimpent. L’inflation des produits pétroliers se propagera aux autres domaines, notamment l’agriculture et la pêche, les transports et le tourisme.
3) Géopolitique : l’entrée, depuis le 11 septembre 2001, dans un état permanent de guerre, de terrorisme et de sabotages. Le problème du Moyen-Orient, ce n’est pas « les Arabes » ou « l’Islam », c’est notre longue addiction au pétrole, c’est la complaisance américaine et européenne envers des régimes répressifs, c’est l’hubris productiviste.
Bien sûr, il existe d’autres questions graves que les Verts ne cessent d’examiner pour y proposer des solutions. Le changement climatique, la chute de la biodiversité et les conséquences sanitaires des pollutions, la casse sociale du libéral-productivisme et la déchirure Nord-Sud, la monarchie chiraquienne et les divisions sur la construction européenne... Nous ne mésestimons pas ces questions. Nous pensons simplement que, dans l’ensemble des systèmes en crise aujourd’hui, l’approvisionnement en hydrocarbures est le maillon faible qui cède le premier.
L’erreur des Verts n’est pas de vouloir être un parti généraliste. Elle serait d’ignorer l’irruption de la crise énergétique, méconnue de beaucoup. Elle serait de nier son imminence et d’en sous-estimer les conséquences. Elle serait de nous défiler devant les temps difficiles qui s’annoncent.
Nous ne vous demandons pas de croire instantanément tous les tenants et aboutissants de cette problématique. Il est normal qu’une réaction d’étonnement, puis de curiosité, de désir d’information et de débats, succède à une annonce bouleversante. C’est pourquoi nous n’avons pas déposé de motion d’orientation inspirée par cette problématique : malgré le temps qui presse, l’ensemble des Verts doit d’abord en être informé, y réfléchir, en débattre. Néanmoins, nous avons déposé une motion ponctuelle qui, si elle a votre soutien, permettra à notre parti d’élaborer une nouvelle posture politique - une nouvelle analyse du monde - pour orienter ses propositions et ses actions.
Notre analyse politique marque une rupture avec les projets félicistes (« en votant pour nous, ça ira mieux demain »). Notre action n’est plus guidée par les vœux pieux de programmes souriants qui ne se réalisent pas, avec pour conséquence les désillusions, les déceptions et même les défections des citoyens (abstention). Nous ne cherchons pas à construire un impossible monde meilleur, mais à réduire les conséquences du pire qui arrive. Nous n’avons pas choisi cette réalité de la crise énergétique, elle s’impose à tous. Nous avons même intensément lutté depuis trente ans pour essayer de l’éviter. Nous avons échoué. Notre responsabilité est désormais de changer de posture. De nous préparer à affronter l’inflation, la récession, les tensions sociales et internationales, la guerre.


Signataires

Alsace :
Fernique Jacques, Hauss Yves, Stoeckel Hugues.

Aquitaine :
Colocoloff Chantal, Daverat Michel, De Marco Monique, Guénée Mireille, Mayereau Louisette.

Basse-Normandie :
Marie Mickaël, Poncet Jean-Marc.

Bourgogne :
Durnerin Christine.

Bretagne :
Bernard Dominique, Chéradame Anne, Cochet Céline, Le Boulicaud Jocelyne, Provault Patrick.

Centre :
Labes Christian, Ronceray Dominique, Soler Thierry.

Champagne-Ardenne :
Crouzot Gérard, Joannesse Raymond, Joly Gérard, Joly Stéphane.

Franche-Comté :
Guyet Hubert.

Île-de-France :
Agier-Cabanes Isabelle, Alluchon Mathilde, Amedro Alain, Atallah Marie, Barrau Christophe, Bastard Luc, Boÿer Géraldine, Candelier Catherine, Caplat Jacques, Catahier Syrine, Chaimovitch Patrick, Chaplain Mathias, Cloarec Dominique, Cochet Yves, Contat Franck, Dacheux Jean-Pierre, Dedieu Dominique, Deffarge Sophie, Delcombre François, Denjean Jean-Marc, Dorange Alain, Dubarry Francis, Dumesnil Jean-Luc, Dussart Dominique, Eloi Arnaud, Ferreira Lino, Filippetti Aurélie, Flipo Fabrice, Girard Pascale, Grard Marie-Aleth, Héron Bernard, Hoffet Françoise, Kerckove Stéphen, Komites Pénélope, Lapp Karim, Ledoux Eric, Le Duc Jean-Patrick, Le Port Corinne, Loichot Elisabeth, Mathis Sophie, Mercier Jean-Jacques, Meslé Patrick, Nguyên Van Thuy, Orsini Isabelle, Pagès Olivier, Parayre Claudine, Pauron Charlotte, Pompili Barbara, Portugal Maria, Poulteau Eve, Ranguin Cécile, Sainte Fare Garnot Laurent, Salvi Philippe, Sébert-Montels Stéphane, Serne Pierre, Sinaï Agnès, Stoeber Pierre, Tarraud Bruno, Turbelin Dominique, Valois Raymond, Vampouille Michel, Villard Christine, Yonnet Franck.

Languedoc-Roussillon :
Angot Rémi, Chartrand Frédérique, Comps Michèle, Iordanoff Aliocha, Iordanoff Sylvain, Laisné Jean-Marc, Pasquet Corinne, Robert Noyon Sabine, Thiebaut Geneviève, Triboulet Pomme.

Lorraine :
Poncelet Philippe.

Midi-Pyrénées :
Calmettes Jean-Louis, Dedébat Nicole, Dedieu-Casties Françoise, Lenglet Catherine, Saracino Marc.

Nord-Pas-de-Calais :
Redouté Patrick.

Pays de la Loire :
Allard Gérard, Aubert Marie-Hélène, Aubron Gérard, Bulard Olivier, Chenu Christian, Hubert Richard, Mahé Gilles, Naizin Patrick, Quirion Michel, Ratouit Frédéric, Vernageau-Bazin Matrie-Jeanne.

Poitou-Charentes :
Brion Yves, Larible Patrick, Rivet Serge.

Provence-Alpes-Côte-d’Azur :
Bordin Robert, Susler Ozcan.

Rhône-Alpes :
Allain Dominique, Comte Roland, Gouzou-Testud Guylaine, Longeon Olivier, Mazalaigue Joël, Silva Patricio, Vernay Paul.

Savoie :
Guilhaudin Nicole.


Télécharger les Contributions au débat 2004 - Extrait de la Tribune des Verts no.15, pp.71-96
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