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Contribution au débat

Enjeux de société 2 : ... et encore deux autres

Extrait de la Tribune des Verts no.15, pp.75-76

jeudi 28 octobre 2004

Crise du progrès et crise de la société salariale se combinent avec deux autres crises, celle des structures quotidiennes de la solidarité, celle du politique.
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La crise de la solidarité
La tendance historique en Occident fut l’affirmation de l’autonomie des individus face aux normes et aux déterminismes de classe, d’ethnie ou de genre. Le féminisme a été une étape majeure de cette longue marche émancipatrice.
La contrepartie des tendances à la « modernisation » fut la disparition des solidarités de communauté (familiales, villageoises, etc.), jugées, non sans raison, oppressantes. Les conquêtes du salariat, l’Etat-providence, ont pendant un temps compensé l’effacement de ces solidarités tandis que la société de consommation renforçait l’individualisme. Les individus, et les plus faibles en particulier, se sont alors retrouvés démunis face à la crise de la société salariale et de l’État providence.
Dès le XIXe siècle, l’associationisme a été une réponse populaire aux dangers de l’isolement. Mais « l’économie sociale » qui avait d’abord émergé (bourses du travail, syndicats, mutuelles, coopératives, associations) s’est depuis laissée absorber par l’État ou dissoudre dans l’individualisme.
Une des plus grosses fautes du gouvernement Jospin fut de ne pas avoir donné suite aux engagements d’impulser le Tiers-secteur, l’économie sociale et solidaire. En fait, la vieille gauche ne conçoit d’autre forme de solidarité, de service au public, que les services de l’État, mais le social-libéralisme dominant a même reculé sur ce terrain. La droite, en coupant les vivres aux associations, n’a fait que replonger la société dans la solitude urbaine, jusqu’au paroxysme de la canicule de l’été 2003.
Sur ce fond d’isolement, le champ est libre pour le racisme, la haine de l’autre, de l’individu différent, et son revers qu’est le vieux communautarisme : le repli sur la religion ou l’ethnie. Pourtant la société aspire à recouvrer des moments collectifs de fête, de projet commun, elle expérimente de nouvelles formes de solidarité personnelle. Même la bataille pour le mariage entre personnes du même sexe exprime en un sens la volonté de faire reconnaître par l’État la liberté de s’associer.
Au cœur du projet social des Verts, il y a cette volonté de reconstruire la communauté sur la base de la libre association des individus, ce que les utopistes du XIXe siècle appelaient « l’amitié », « la fraternité ». Les positions conquises dans les collectivités locales leur permettent de promouvoir des formes embryonnaires d’économie sociale et solidaire. Mais seule une grande loi-cadre du Tiers-secteur permettra son plein développement. Parallèlement il faudra défendre et démocratiser le service public d’État.

La crise du politique
« La politique, ça ne sert plus à rien »... Cette idée, terrible, a une double signification :

- « les hommes politiques ne veulent pas faire ce pour quoi ils ont été élus ». C’est la crise de la représentation politique : on ne sait plus comment accéder aux manettes, on se sent trahi ;

- « les politiques ne peuvent rien faire, à cause de la mondialisation ». C’est la crise de la politique nationale, la démocratie vidée de contenu : les manettes n’embrayent sur rien, le marché balaie tout. D’où montée de l’abstention et de la violence apolitique. De ce chaos, sur le terreau du désespoir, surgit un monstre : le terrorisme, avec pour seule réponse la répression.
La crise de la représentation est en soi un immense problème que nous examinons ailleurs. Mais quand bien même la supposerions-nous résolue, où mener ces politiques, si la concurrence mondiale dicte sa loi ?
Face à la seconde crise du politique (la démocratie évidée), il faut d’abord rappeler qu’une grande partie des rapports entre les humains, entre eux et leur environnement, se règle localement. La régionalisation, la relocalisation des décisions qui peuvent l’être, conditionne la renaissance de la démocratie. Mais cela implique règles du jeu communes, et solidarité entre les régions, les pays riches et pauvres.
Face aux pouvoir global du marché et des multinationales, il faut donc opposer un pouvoir démocratique de même portée. La République planétaire n’est pas pour demain, même s’il est urgent d’affirmer le primat du droit social et environnemental sur les règles de l’OMC. La première étape à notre portée, c’est l’Europe à construire.
Les Verts sont pour une Europe fédérale des régions et des peuples solidaires. Ils considèrent que le texte du traité constitutionnel constitue un pas en avant par rapport aux traités actuels (Maastricht, Amsterdam, Nice), qui désarmaient la démocratie face au marché, mais que ce pas en avant est très insuffisant. Ils divergent sur les pronostics quant aux dynamiques qui résulteraient au niveau européen de la victoire du OUI ou du NON. Un choix d’une telle gravité ne saurait être soumis à des positionnements tactiques nationaux... encore moins dans des partis nationaux !


Signataires

Aquitaine :
Lasaygues Marc, Mathieu-Vérité Dominique.

Bretagne :
Rolland Michel.

Bourgogne :
Phelippeau Laurent, Pilc Helga, Roux André.

Centre :
Leniar Denise, Leniar Roland, Marzouki Abderrahmane.

Champagne-Ardenne :
Leclerc Alain.

Haute-Normandie :
Selwin Victoria.

Île-de-France :
Andrianjafintrimo Elvire, Billard Martine, Blettery-Duflot Cécile, Boutault Jacques, Comte-Segrestaa Francine, Contassot Yves, Dabin Gérard, Droulout Jack, Duranton Janine, Gambier Jean-Michel, Guibert Bernard, Giry Thomas, Lebreton André, Lemaire Jean-Pierre, Lipietz Alain, Minnaert Pierre,Peurière Gérard, Philippon Guy, Sitbon Gomez Stéphane, Stoeber Pierre, Toubhans Jean-Jacques, Tronchet Annie, Verstegen Michel.

Languedoc-Roussillon :
Alamartine Françoise.

Lorraine :
Billon Serge, Lefranc André.

Nord-Pas de Calais :
Robilliard Valérie, Séris Nicole.

Pays de la Loire :
Bonnet Joseph, Deligny Marc, Grosdoy Augustin.

Poitou-Charentes :
Gandais-Riollet Nathalie.

Provence Alpes Côte d’Azur :
Chiambretto Bruno, Garnon Patrick, Imbert-Vier Simon, Malvezin Bruno, Meunier Jeanne.

La Réunion :
Tagliaferri Jean-Marc.

Rhône-Alpes :
Balmain Henri, Bony Catherine, Minnaert Jacques, Minnaert Jean, Persico Danielle, Pizot Pascale, Wilson Michel.


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