Archives des Verts français Archives des Verts français

Contribution au débat

Analyser II

Extrait de la Tribune des Verts no.15, pp.71-72

jeudi 28 octobre 2004

Quelles sont les vraies urgences pour les Verts ? Devons nous encore nous disperser sur mille thèmes pour gagner notre strapontin à gauche ? Non, bien sûr, et le texte qui suit plaide pour recentrer notre action sur les crises majeures que connaît notre planète, qui posent un vrai risque pour la survie de l’humanité.
Envoyer à un ami
Version imprimable de cet article

Menaces sur la planète

Les écologistes ont souvent dénoncé les crises et les menaces futures. René Dumont lance ainsi l’écologie politique avec sa position prophétique sur l’environnement et sur le développement. Cette posture reste celle d’un Lester Brown, qui nous avertit de la fin de l’abondance alimentaire, tandis qu’à l’opposé Amory Lovins nous prédit un avenir technologique. Mais nos « héros » sont désormais à la tête de véritables mouvements sociaux, tels Vandana Shiva ou José Bové, ou de partis verts lorsque les nécessités de l’action le justifient. En entrant en politique, nous écartons le pessimisme intégral pour le choix de l’action.
Certaines crises mondiales peuvent en effet trouver leur solution collective. Avec le Protocole de Montréal, il existe maintenant des chances d’empêcher le trou dans la couche d’ozone de devenir une malédiction pour la vie sur terre. La menace des OGM est loin d’être vaincue, mais nous sommes maintenant convaincus qu’il est possible d’agir et de ne pas se laisser faire. L’opposition acharnée de l’industrie aux mesures de protection contre les produits chimiques persistants (REACH) est un autre combat essentiel. D’autres causes comme la prolifération nucléaire méritent encore de se battre pied à pied, pour limiter les risques de déflagration.
La crise de la biodiversité constitue un autre casse-tête politique, puisque l’outil international (la Convention Cadre sur la Biodiversité signée à Rio) reste faible et fonctionne sans les Etats-Unis. La diminution forte de la biodiversité a déjà commencé, mais le monde sera très différent si nous stoppons l’hémorragie ou si nous laissons se produire une extinction massive des espèces animales et végétales.

Ressources pétrolières et climat

Des divergences d’analyse existent sur l’imminence de la raréfaction des hydrocarbures. Certains pensent que la crise du pétrole actuelle est La crise qui entraînera toutes les autres. D’autres comme nous pensent que les pétroles non-conventionnels (charbon, huiles lourdes, schistes, etc.) sont abondants et prendront -hélas- le relais du pétrole en quelques années, augmentant d’autant le rythme de destruction de l’atmosphère. La machine folle est capable de repartir après quelques soubresauts dramatiques.
Mais là où les deux vues convergent, c’est que la présente crise sur les prix du pétrole est sans doute la dernière alerte pour passer à une économie sobre, et partant soutenable pour la planète. Dans les deux cas il s’agit de se passer rapidement du pétrole.
Dans le cas de la crise du climat, l’objectif réaliste est de limiter le réchauffement à 2°C en moyenne sur le globe. Même dans ce cas, les dommages seront importants de notre vivant, notamment dans les pays du Sud et pour la biodiversité ; au-delà, la crise risque de devenir incontrôlable avec des pénuries d’eau pour la moitié de l’humanité, avec un cortège de guerres, de désertification et d’inondations.

Faire avec les élus actuels

Endiguer cette crise ne signifie pas la construction d’une économie de guerre. Ce n’est pas non plus la fin de la contradiction entre les tenants de la « décroissance » et ceux du « développement durable ». Si l’urgence est réelle, alors il faut admettre que ce sont les choix et les directives de la Commission Européenne, et en France du Président Chirac, de son gouvernement, de l’Assemblée Nationale telle qu’elle est, qui peuvent encore entamer ce passage à une économie sobre et indépendante du pétrole. La Commission Barroso est trop libérale à notre goût ; nos éminences françaises sont des plaisantins qui s’affichent pour le « Facteur Quatre » le lundi et font le contraire le mardi avec une loi énergie honteuse, une politique transport régressive et un plan climat vide ; quant au Parlement actuel, difficile d’être plus indifférent aux enjeux planétaires. Mais notre conviction, c’est que le mandat actuel - et dans une moindre mesure le mandat suivant- déterminera si la transition peut s’amorcer sans trop de casse. On notera que la situation est moins désespérée quant à l’influence des Verts sur les exécutifs et les assemblées en Régions.
Enfin, prendre au sérieux la crise du pétrole, ce n’est pas non plus se résigner face à l’industrie nucléaire. L’EPR représente une stratégie industrielle perdante de la France, qui ne changerait pas le statut marginal de cette énergie au niveau mondial.

Face à ces enjeux dramatiques, un geste est possible pour amorcer un débat majeur dans notre parti : voter pour la motion « anticiper », malgré ses défauts. Ce texte permettra aux Verts de recentrer leur posture politique et d’orienter leurs propositions et leurs actions.

Représentant :
Antoine Bonduelle
antoine.bonduelle@wanadoo.fr


Signataires :

Île-de-France :
Philippe Quirion, Alain Dorange, Alain Lipietz, Sylvain Godinot, Joel Chenais, Fabrice Flipo, Helder De Oliveira.

Alsace :
Yann Wehrling.

Haute-Normandie :
David Cormand.

Lorraine :
Marie-Anne Isler-Beguin.

Languedoc-Roussillon :
Maryse Arditi, Jean-Claude Biau.

Midi-Pyrénées :
Alexandre Jurado.

Nord-Pas de Calais :
Antoine Bonduelle, Alain Pruvot, Alain Alpern, Joel Campagne, Marcel Lefebvre, Paulo-Serge Lopes, Ginette Verbrughe.

Poitou-Charentes :
Jacques Maret.

Rhône-Alpes :
Marc Jedliczka, Maguitte Chichereau-Dinguirard.


Télécharger les Contributions au débat 2004 - Extrait de la Tribune des Verts no.15, pp.71-96
Top
Plan du site | Site réalisé par Oizoo avec SPIP | SPIP
EELV - 6 rue Chaudron - 75010 - Paris - Tél. 01 53 19 53 19