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Budget 2005 : "Gardons-nous donc de faire des hypothèses budgétaires extravagantes, et choisissons la sobriété."

Intervention de Yves Cochet, député, lors du débat budgétaire, le 20 octobre 2004

vendredi 22 octobre 2004

Projet de loi de finances pour 2005 - Discussion générale, mercredi 20 octobre 2004

Extrait du compte-rendu analytique officiel de l’Assemblée nationale

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M. Yves Cochet - M. le Secrétaire d’Etat nous a indiqué que M. Sarkozy se trouvait actuellement à une réunion de l’Eurogroupe à Luxembourg, où il sera notamment question des cours du pétrole. C’est précisément sur le niveau de ces cours que je centrerai mon intervention.

Devant des prix jugés élevés, le Gouvernement a tout d’abord apporté des réponses ponctuelles concernant certaines professions particulièrement touchées comme les marins-pêcheurs, les transporteurs routiers, les agriculteurs..., puis a annoncé cet après-midi même qu’il envisageait de restituer à nos concitoyens le surplus de TVA encaissé du fait de cette hausse des cours. Certains de nos collègues, notamment socialistes, préféreraient, eux, que l’on rétablisse le dispositif dit de la TIPP flottante. Eh bien, pour moi, ces deux dispositifs sont équivalents et constituent tous deux des leurres.

C’est adresser un bien mauvais signal, d’une part à nos concitoyens en leur laissant penser que la hausse des cours est conjoncturelle et que l’on peut espérer en 2005 des prix plus raisonnables, ce qui ne les incitera pas à rechercher des économies d’énergie, d’autre part aux pays producteurs et aux compagnies pétrolières, auxquelles on laisse penser que, quel que soit le cours du baril, le gouvernement amortira toujours le choc pour les consommateurs, que ce soit par le biais de la TIPP flottante ou d’une restitution des surplus de TVA.

Or, la hausse des cours du pétrole n’est absolument pas conjoncturelle, mais structurelle, et ce pour trois raisons au moins. Tout d’abord, il est avéré, les géologues le confirment, que la production mondiale de pétrole va diminuer, peut-être dès 2006, en tout cas avant 2010, et ce quelles que soient les performances des technologies d’extraction, tout simplement parce que la ressource s’épuise.

Ensuite, alors que depuis toujours, l’offre de pétrole a été supérieure à la demande, il risque de ne plus en aller de même demain avec la très forte croissance de pays comme la Chine, l’Inde, le Pakistan, le Brésil... où la demande en hydrocarbures peut progresser de plus de 30% par an. Pour la première fois de l’histoire donc, l’offre mondiale pourrait être insuffisante. Ne perdons jamais de vue que la seule Chine compte davantage d’habitants que l’ensemble des pays de l’OCDE et que sa classe moyenne, très nombreuse, aspire comme nous à se déplacer, voyager, notamment au volant de grosses cylindrées pour lesquelles elle semble avoir la même fascination que les délinquants, oserais-je dire, qui dans notre pays achètent des 4x4 pour rouler par exemple dans les Hauts-de-Seine !

Enfin, sont à prendre en compte les considérations géopolitiques. On trouve du pétrole essentiellement au Moyen-Orient, au Venezuela, autour de la Mer Caspienne et du golfe de Guinée, au Venezuela... - et en mer du Nord, encore que les gisements de celle-ci s’épuisent. Ces régions - les premières que j’ai citées - ne sont, hélas, pas les régions les plus sûres du monde. Certaines sont même en guerre comme actuellement en Irak où des installations sont régulièrement sabotées. Il n’y a que les Américains pour croire que l’Irak est une base militaire américaine sûre où un pétrole, de surcroît à bas coût d’extraction, coulerait à flots !

Pour toutes ces raisons, structurelles, je ne crois pas réaliste l’hypothèse retenue pour l’élaboration du budget 2005 d’un baril à 36,5 $... alors qu’il dépasse aujourd’hui les 50 $.

Plusieurs hypothèses sont possibles.

Ou bien les prix montent lentement mais durablement comme ils l’ont fait depuis le début de 2002 - où le baril n’était, rappelons-le, qu’à 15 $ - pour atteindre 65 ou 70 $. Dans ce cas, la croissance des pays de l’OCDE ne serait que très peu affectée et seule l’inflation repartirait à la hausse. Le scénario est plausible car en dépit de la montée régulière des prix depuis 2002, la demande n’a jamais été aussi forte qu’en 2004, tant nous sommes devenus dépendants du pétrole. Nous sommes de véritables drogués ! Ou bien, autre hypothèse, le prix du baril atteint 80 à 100 $, comme ne l’excluent pas certains spécialistes. En ce cas, il faut s’attendre à une grave récession, voire une dépression de l’ampleur de la Grande dépression des années trente. Enfin, dernière hypothèse, à la suite d’une rupture d’approvisionnement au Nigéria, en Russie, au Moyen-Orient... entraînant une simple diminution de la production d’un million de barils par jour, les prix flambent d’un coup à un niveau insoupçonné car les marges de manœuvre en matière d’extraction, de raffinage, de transport, qui représentaient autrefois 6 % à 8 %, ne dépassent pas aujourd’hui 1 %. Il faut tenir compte de cette vulnérabilité.

On peut toujours espérer que la hausse sera suivie d’une baisse, mais je ne le crois pas. En effet, nous ne sommes plus confrontés comme en 1973 ou en 1979-1980 à un choc pétrolier de type politique. Gardons-nous donc de faire des hypothèses budgétaires extravagantes, et choisissons la sobriété, comme je l’avais proposé lors du débat sur la loi d’orientation sur l’énergie.

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