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Chercheurs

Recherche : « nous démissionnerons collectivement... »

Entretien paru dans Vert no.5, mars 2004

dimanche 7 mars 2004

Trois questions à Marc Lipinski, directeur de recherche au CNRS.

Voir aussi : communiqué du 9 mars 2004

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- Vert : Tu as signé la pétition "Sauvons la recherche !". De quoi s’agit-il ?
Marc Lipinski : Avec des centaines d’autres directeurs de laboratoires et de responsables d’équipes de recherche, nous avons posé un ultimatum : le 9 mars prochain, en Assemblée générale, nous démissionnerons collectivement de nos responsabilités administratives si le gouvernement ne revient pas, d’ici là, sur sa décision de supprimer les centaines de recrutements de chercheurs qui étaient prévus en 2004, et si une réelle concertation n’est pas organisée.

- Vert : Tu veux parler d’Assises de la recherche ?
Marc Lipinski : Pour toute sorte de raisons, le milieu de la recherche sent qu’il est temps de refonder un nouveau pacte avec la société. Nous nous sentons méprisés par les gouvernements successifs, qui veulent de la valorisation sans arroser les racines qui vont la nourrir, écartelés entre les attentes de la société, la compétition mondiale, le manque de perspectives pour les jeunes. Il y a un grand besoin de discussion sur les missions de la recherche, les espoirs de la société, les moyens qu’on y met. Il faut débattre du rôle respectif des différentes institutions, du public par rapport au privé, et aussi sur la façon de mieux impliquer les citoyens. Des rapprochements apparaissent avec la culture, la santé, l’enseignement... d’autres secteurs qui connaissent les mêmes affres.

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- Vert : Vois-tu un rapport entre ton activité professionnelle et tes positions politiques ?
Marc Lipinski : Il y a beaucoup de points communs. En recherche comme dans l’écologie politique, nous réfléchissons sur l’enchaînement des faits en tenant compte de la complexité des choses. Nous regardons sur le long terme, conscients que notre mode de développement produit désormais des effets planétaires, que nous nous dirigeons vers des obstacles qui se révéleront insurmontables si des changements drastiques ne se produisent pas dans nos façons de produire, de consommer. J’ose espérer que de la recherche fondamentale émergeront des pistes nouvelles, imprévues, des espoirs d’améliorer l’état du monde, la qualité de vie de ses habitants, et en particulier des plus défavorisés.
Cette recherche doit être financée par l’impôt, les connaissances produites devenant accessibles librement.
Je ne conçois pas de développement soutenable sans recherche fondamentale, et celle-ci nécessite un engagement résolu et durable des institutions publiques à tous les niveaux. C’est tout le contraire que nous constatons depuis de trop nombreuses années, même dans un domaine prétendument prioritaire comme celui des sciences du vivant.
On imagine la situation des secteurs non prioritaires ! Tout cela nous faisait osciller entre le désespoir total et un certain cynisme. À force de se moquer, le gouvernement a réussi à nous précipiter vers la révolte. Elle peut se révéler créatrice.

Propos recueillis par la Rédaction

Comité de rédaction : vert-mensuel@les-verts.org

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