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Forum social mondial à Mumbai, janvier 2004 : compte-rendu

Par Catherine Grèze

mercredi 4 février 2004

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De retour de Mumbai, voici le compte-rendu de Catherine Grèze, représentant la Fédération Européenne des Partis Verts.


Télécharger le compte-rendu et les annexes (pdf - 270 k)

Voir aussi le compte-rendu sur le site de Alain Lipietz


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Catherine GREZE
European Federation of Green Parties

FORUM SOCIAL MONDIAL : MUMBAI - JANVIER 2004

UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE

Atmosphère générale

A/ Vous avez tous lu dans les journaux des descriptions de l’atmosphère autour du Forum social mondial à Mumbai. Je la résumerais en 3 P, les trois P qui m’ont frappée dès mon arrivée à Mumbai : Population, Pollution, Pauvreté.

Population : Mumbai est plein, plein de monde, de voitures, de vélos, de bus, et même de vaches... chaque centimètre carré est occupé et c’est là qu’on réalise que sans résoudre le problème de la démographie, on ne résoudra pas les deux autres problèmes...

Pollution : à Mumbai, on ne peut jamais vraiment "voir". Un énorme nuage de fumée et de pollution permanente prend à la gorge et pique la peau. On prend vite conscience qu’il faut ajouter à cela, le problème crucial de la pollution de l’eau, particulièrement grave à cette période de l’année, sans eau potable pour les hommes ou les animaux. D’énormes camions citernes marqués "pétrole" et peints de couleurs vives forment de longue file d’attente aux stations de pompage dans les campagnes, et viennent ensuite dans les villes livrer l’eau aux longues files d’attente des habitants...

Pauvreté : c’est bien sûr le « P » le plus marquant, en particulier quand en parcourant la ville à deux heures du matin on voit les trottoirs couverts de gens qui dorment dans les rues, à même le sol. Inutile de préciser que ceux qui vivent dans les bidonvilles ne sont pas beaucoup mieux lotis : ni électricité, ni eau courante...

Il y a cependant une classe moyenne importante, 300 millions de personnes, qui vit dans des conditions « décentes ». C’est parmi celle ci qu’on trouve la plupart des intellectuels et des militants. Ils constituaient la majorité des participants au Forum Social Mondial.

B/ Atmosphère au Forum Social Mondial (FSM)

C’est la première fois que le FSM avait lieu en Inde, en Asie, après les trois premières éditions à Porto Alegre, ce qui a été un gros défi pour les organisateurs. IL n’y avait pas de soutien politique comme au Brésil, ni l’environnement amical de Porto Alegre. En fait, bien au contraire, le contexte politique était franchement opposé aux enjeux du FSM, le maire de la ville étant issu du parti nationaliste, très conservateur.

Le résultat en a été une atmosphère très étrange. La concentration de 80 000 personnes et de tous les événements ont eu lieu dans une zone fermée. Les participants manifestaient à l’intérieur même du Centre d’exposition, à l’exception des cortèges des travailleurs ruraux, des peuples indigènes et du mouvement Dalit qui ont convergé pour atteindre Mumbai à l’ouverture du forum, et de plusieurs manifestation sur Bhopal. Il n’y donc pas eu comme à Cancun, par exemple, de confrontation violente avec le monde extérieur.

Le Forum Social Mondial et le Forum Parlementaire Mondial

Le Forum Parlementaire s’est concentré sur la question d’un nouvel ordre global, débattant principalement sur la paix et sur les questions économiques (l’OMC, la situation post-Cancun, etc.)

Les parlementaires Verts (députés nationaux et eurodéputés) y ont été très actifs, parmi eux étaient présents Camilo Roman Nogueira (Espagne), Danielle Auroi, Alain Lipietz et Didier Claude Rod (France), Inger Schörling et Per Gahrton (Suède), Nuala Ahern (Irlande), Pierre Jonckeer, Isabelle Durant (Belgique), Heidi Hautala et Satu Hasi (Finlande) et Heidi Hinterseer (Autriche).

Cependant, comme les deux forums avaient lieu en même temps mais pas au même endroit, les débats en ont été appauvris et cela n’a pas facilité les échanges entre partis politiques et mouvements sociaux, ce qui était un des enjeux du forum.

Cela a créé beaucoup de frustration des deux côtés. Il est regrettable que les parlementaires n’aient pas pu participer très activement au forum social mondial où se tenaient des centaines de stands, d’ateliers et quelques grandes plénières.
En effet, en Inde, le mouvement social n’est pas un concept vague comme il l’est parfois en Europe. Il est assez fréquent que les gens vous tendent leur carte de visite avec indiqué "Untel, du mouvement social X ou Y".
Ces mouvements sociaux à travers toute l’Inde sont engagés sur des sujets proches de l’écologie. Bhopal et la crise de l’eau potable ont durablement marqué les esprits...

Le programme du Forum Social Mondial traitait de thématiques variées telles : "souveraineté alimentaire", "militarisation et paix", "culture des médias et connaissance", ’guerre contre les femmes et femmes contre la guerre", Mondialisation et sécurité économique et sociale", "racisme et système des castes", "le travail", "le fondamentalisme religieux", "la gouvernance globale", "l’OMC", "les partis politiques et les mouvements sociaux."
Les ateliers ne bénéficiaient pas d’interprétation et la plupart des plénières étaient traduites uniquement en anglais et en hindi.

3/ Verts mondiaux

Avant tout je tiens à souligner ici la très forte implication des verts finlandais dans l’organisation des Forums. Les délégués finlandais étaient nombreux, de même, comme d’habitude, que les Brésiliens et les Italiens. Il y avait en revanche très peu d’Allemands.

Le continent asiatique est vital pour les Verts en tant qu’organisation mondiale. Nous avions déjà pris en compte cette donnée fondamentale lors du premier Congrès Vert mondial à Canberra, avec de fortes délégations venues d’Asie.

Le FSM a été une nouvelle occasion de développer nos réseaux et d’établir des contacts politiques rapprochés avec l’espoir, à moyen terme, de construire une force politique Verte en Asie.
Les préoccupations vertes sont très fortes et présentes en Asie et particulièrement en Inde, où, comme je l’ai dit, de nombreux mouvements sociaux sont très impliqués sur ces questions.
Je ferais même la comparaison entre certains de ces mouvements et le Green Belt Movement au Kenya qui pendant des années n’a pas été actif politiquement en raison du contexte culturel, avant de faire le pas du politique.

Deux rencontres Vertes se sont tenues grâce aux Verts finlandais et en particulier à Marko Ulvila de la Coalition pour l’environnement et le développement dont la participation a été cruciale.
Marko était à Mumbai quatre mois avant le début du forum, et a pris une part active dans l’organisation, nous permettant de tenir deux réunions mais aussi de participer en tant que Verts aux plénières politiques.

Satu Hassi, tout comme quand elle était ministre, a aussi beaucoup soutenu le processus, de même qu’Heidi Hautala,

A/ DIALOGUE INDO-EUROPEEN : JEUDI 16 JANVIER :

Ce meeting organisé par les Verts européens a eu lieu avant le début du FSM. L’idée était que malgré quelques campagnes indiennes connues dans le monde entier, malgré des figures connues comme Vandana Shiva, l’interaction entre l’Inde et l’Europe avait besoin d’être renforcée.

65 personnes ont participé à ce meeting considéré comme "le début d’un dialogue", initié par Heidi Hautala, Inger Schörling, Alain Lipietz et des leaders importants de mouvements environnementalistes et féministes indiens : Aruna Roy, Medah Patkar, Shekhar Singh, Uma Sankari, Mukta Sriwastra, Vasudahiva Kutumbakam, Vijay Pratap, etc.

B/ RENCONTRE DES VERTS MONDIAUX
Vendredi 17 janvier

Cet atelier de trois heures était co-présidé par Satu Hassi et moi-même.

De nombreux participants d’Inde, ainsi que des Verts de Suisse, du Portugal, d’Italie, de Finlande, d’Autriche, de France, du Népal, du Canada, du Kenya, de Belgique, du Royaume-Uni, d’Allemagne et d’Espagne.

La première partie a été consacrée à la présentation et à un débat sur les trois documents Verts, ou Manifestos, qui ont été préparés les années passées au niveau mondial :

Le Memorandum de Johannesburg, présenté par Wolfgang Sachs de la Fondation Heinrich Böll
Le Manifeste Mondial de la démocratie écologique, présenté par Marko Ulvila de la Coalition pour l’environnement et le Développement, de Finlande
La Charte des Verts Mondiaux, présentée par moi-même (cf. annexe 3).

Le Mémorandum de Johannesburg n’est pas une plate-forme politique mais un Mémo sur ce qu’aurait dû être l’agenda du Sommet de la Terre et fait une évaluation des dix ans écoulés depuis Rio 92. Johannesburg n’a pas été un sommet soutenable mais un sommet sur le développement, terme vague qui peut aussi bien faire référence à la construction de gratte-ciel qu’à l’installation de latrines...
Depuis lors, et après Johannesburg, on peut dire que rien n’a changé.

Le Manifeste mondial de la démocratie écologique est un document intéressant avec une approche différente qui donne à la démocratie une place centrale. L’idée consiste à développer une technologie verte mondiale. L’application au secteur agricole est développée, ainsi que la relation au pouvoir et la nécessité de transparence.

La Charte des Verts mondiaux (cf annexe 3).

La différence avec les deux précédents documents est l’ approche la visée politique de la Charte. L’idée initiale était d’avoir une plate-forme politique commune au niveau mondial malgré nos différences culturelles, historiques et politiques.

Le débat qui a suivi s’est révélé extrêmement constructif. La Charte était disponible en anglais, en français et en hindi. Les participants avaient lu les documents et préparé des commentaires et étaient très réactifs.

Le principal commentaire sur la Charte est que c’est un très bon document. Les militants indiens ont beaucoup apprécié qu’il soit disponible dans leur propre langue.

Néanmoins, deux critiques principales ont émergé du débat :

la Charte est écrite d’un point de vue humain qui ne laisse pas pas assez d’espace aux droits des autres espèces, et à une approche de la Nature comme un tout. Pour les lecteurs indiens et asiatiques, les différentes cultures ne sont pas assez prises en compte et le document est trop centré sur l’Europe. Cette remarque est d’autant plus intéressante quand on pense qu’en Europe, le principal reproche fait à la Charte est qu’elle n’est pas assez « pragmatique" !
Le deuxième point développé par plusieurs intervenants est celui de la relation et, à leurs yeux, de la contradiction entre les approches sur l’aide au développement par opposition à la notion d’autosuffisance. Les Indiens sont fermement opposés à la première approche et préfèrent nettement la seconde. Ce débat a mis en lumière une approche très différente des Asiatiques et des Africains.

La réunion des Verts mondiaux avait bien sûr un caractère "informel" dans la mesure où la Coordination des Verts mondiaux n’a pas été en mesure de se réunir depuis Canberra.
Cependant beaucoup de pays étaient représentés et il y eu un échange d’informations de qualité : principalement sur la situation en Inde, avec tous les mouvements qui travaillent à la mise en place d’une Alliance Nationale et sont très proches de nos préoccupations. Shekhar Singh a fait un très bon compte-rendu sur ce point et il travaille à la construction de ce mouvement (nous avons eu l’occasion de discuter de ce point à plusieurs reprises par la suite).
Les Indiens m’ont fait l’impression d’être très pointus, actifs, représentants des mouvements concrets et désireux d’aller plus loin.
Ils connaissaient mal la Fédération des Verts Asie / Pacifique et une de nos tâches avec Marko va être de faire les interfaces. Une liste de contacts va être envoyée aux représentants de la Fédération Asie/ Pacifique via Margarett, qui est dans la Coordination des verts mondiaux.
Plusieurs questions ont été posées sur la situation africaine.

Gathuru Mburu, collaborateur de Wangari Maathai, nous a fait un rapport complet sur la situation au Kenya et l’action des Verts au gouvernement.
Un parallèle intéressant a été fait entre l’histoire du Green Belt Movement au Kenya et la construction d’un mouvement Vert en Inde.
Les difficultés de la Fédération des Verts africains à s’organiser tiennent essentiellement à des problèmes de communication : l’Afrique de l’Ouest étant francophone, et l’Afrique de l’Est et du Sud essentiellement anglophone. Il y a aussi une absence de volonté politique de faire avancer les choses.

Les Kenyans nous ont aussi donné un compte rendu du réseau écologiste organisé par le Green Belt Movement en structure parallèle au parti.

Plusieurs questions ont été débattues : la question du prochain Congrès des Verts mondiaux doit naturellement être fixée par la Coordination. Trois propositions semblent plausibles : le Kenya, les Etats-Unis ou la Finlande.
Le Congrès des Verts Européens à Rome, auquel participeront des représentants de tous les pays, sera aussi l’occasion d’en débattre.. Après cela la Coordination sera en mesure de décider si ce sommet est réalisable en 2006, et où.
Nous allons essayer de trouver des fonds pour que quelqu’un d’Inde vienne à Rome, ainsi que quelqu’un du Kenya.
L’Australie, les Etats-Unis et le Brésil seront représentés. J’ai aussi fait une rapide présentation des documents publiés par la Coordination des Verts mondiaux sur Ingrid Bettancourt, le Moyen, Orient et le changement climatique.

Annie Goerke a envoyé un rapport écrit sur la situation aux Etats-Unis et les difficultés à venir de la campagne dans la mesure où Ralph Nader a décidé -à ce jour- de ne pas faire campagne pour les Verts.

En dépit de l’absence d’une réelle structure de travail et de financement au niveau mondial, je pense que cette réunion a montré qu’il est vital que garder cet échange quand et où l’occasion se présente. La discussion a montré qu’il y avait une réelle demande.

C/ AUTRES RENCONTRES VERTES.

J’ai par la suite eu d’autres rencontres avec des délégués indiens et finlandais afin de définir quelles pourraient être, concrètement, les étapes suivantes. Plusieurs idées ont été émises, que nous soumettrons à la Coordination.
Nous avons aussi eu une longue discussion avec le délégué du Kenya sur la situation là-bas, ainsi qu’avec les Portugais sur l’évolution politique.

Je dois ajouter qu’un "Green corner" a été tenu pendant toute la durée du Forum, où nous pouvions répondre aux questions des visiteurs qui étaient intéressés.

Après le Forum Social Mondial et suite à la campagne lancée par Vandana Shiva sur la question de l’eau, par une conférence, un événement médiatique a été organisé devant une usine Coca-Cola. Vandana Shiva et José Bové y ont participé aux côtés de députés Verts comme Heidi Hautala et Inger Shörling.

4/ Partis politiques et mouvements sociaux :

C’était l’enjeu pour les mobilisations futures et la campagne mentionnée ci-dessus a montré qu’il y a en effet des liens resserrés entre les deux en dépit de la suspicion apparue à Porto Alegre et qui pouvait aussi être perçue à Paris (St Denis)
La volonté de travailler ensemble a prévalu et les Indiens ont poussé dans cette direction. La grande plénière politique où les partis politiques pouvaient s’exprimer a bien reflété cela : y ont participé à la fois les leaders politiques et les grands leaders du mouvement social.
C’était le seul forum (sur dix) dans lequel les partis politiques pouvaient s’exprimer en tant que tel : Le président du Parti Communiste indien, le secrétaire général de Rifundazione Communista, le Président de l’Internationale Socialiste et un ministre du gouvernement de Lula. J’y ai représenté la Fédération des Partis Verts européens (vous trouverez en annexe 4 mon intervention). De grands mouvements sociaux comme le CUT brésilien, Via Campesina et le National Alliance Movement ont aussi participé.
Du côté du mouvement social, il y avait une forte demande d’unité pour l’Inde.

Le Parti Communiste et l’Internationale Socialiste ont fait leur discours traditionnel : un rappel historique de ce que les travailleurs ont gagné grâce au Parti Communiste au XXème siècle, une explication confiante des socialistes que le monde devait les remercier pour tous les régimes démocratiques, où qu’on les trouve sur terre. Seule Rifundazione avait une approche plus complexe, remettant en question les approches politiques traditionnelles et en tant que Verte, j’ai senti un grand intérêt dans la salle et j’ai reçu un accueil très chaleureux pour l’approche de ce nouveau concept politique de l’écologie, de l’anti-productivisme au cœur de notre programme : de fait, cette attitude positive à notre égard est relativement nouvelle...

En dépit d’un très bon débat dans la plénière sur les partis politiques et les mouvements sociaux nous avons ressenti une réelle frustration dans le FSM : quelle allait en être l’issue ?

Enfin je tiens à remercier Gaby Kuppers et Steeve Emmot qui ont travaillé sans compter leur temps et de manière très efficace pour les délégués européens et au sein de l’équipe


Télécharger le compte-rendu et les annexes (pdf - 270 k)

Voir aussi le compte-rendu sur le site de Alain Lipietz

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