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Jean Felix Bernard sur le "plan air" : La philosophie européenne n’est pas respectée

Interview par Eliane Patriarca - Article paru dans Libération du 6 novembre 2003

jeudi 6 novembre 2003

Jean-Félix Bernard, président du Conseil national de l’air, commente les mesures [du "plan air"] :
« La philosophie européenne n’est pas respectée »

Par Eliane PATRIARCA
jeudi 06 novembre 2003

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Le Conseil national de l’air, organisme consultatif rattaché au ministère de l’Ecologie, a été associé à l’élaboration du « plan air ». Son président, Jean-Félix Bernard, commente les mesures présentées hier.

Quel est l’avis du Conseil sur ce « plan » ?

C’est un progrès. Notamment grâce à cette possibilité d’anticiper, de déclencher des mesures non pas une fois que les seuils sont atteints, mais en prévision des pics de pollution.

Vous êtes beaucoup plus réservé sur la manière dont la France transpose la directive européenne sur l’ozone ?

Oui, car la philosophie de cette directive n’est pas respectée. Elle recommande d’abaisser le seuil d’alerte de 360 microgrammes par mètre cube et par heure à 240 µg/m3/h et de déclencher un plan d’action dès que la barre des 240 µg/m3 est dépassée durant trois heures consécutives. Or le « plan air » ne déclenche la circulation alternée qu’au-delà de 360 µg/m3. Ce seuil n’est que très rarement atteint. Par exemple cet été, alors que l’Europe a connu le pire épisode de pollution à l’ozone depuis dix ans, ce seuil n’a été dépassé que dans trois sites dont un en France, dans les Bouches-du-Rhône (1). La circulation alternée ne sera donc quasiment jamais déclenchée. Selon les épidémiologistes, le danger pour la santé existe bien avant que le seuil de 360 µg soit atteint, et il augmente avec la durée de l’exposition à l’ozone. Cet été, on a aussi observé que, lors des pics de pollution à l’ozone, les autres polluants de l’air augmentaient aussi (particules fines ou dioxyde d’azote). Donc, on aurait tout intérêt à déclencher plus fréquemment la circulation alternée pour réduire la pollution atmosphérique. Enfin, établir, comme le fait la France, quatre seuils au lieu de deux ne va pas dans le sens de la simplification que préconise le Conseil.

En août, vous avez reproché aux pouvoirs publics de ne pas assez communiquer sur l’ozone.

L’ozone est incolore et inodore. Beaucoup de Français qui étaient sur les plages dans le Sud cet été pouvaient se croire à l’abri de cette pollution supposée, à tort, « urbaine », et ne pas penser à se protéger ou à diminuer leur circulation automobile. En fait, tout l’Hexagone a été touché et la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a été la plus affectée. Je trouve donc positif que le « plan air » prévoie une diffusion massive à la télé des messages d’alerte et des cartes de prévision les jours de pollution.

(1) Etude de l’Agence européenne de l’environnement pour l’été 2003.

© Libération, le jeudi 6 novembre 2003

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